07.11.2009

Laurent Fialaix consacre un long papier à Fanny Ardant dans "Questions de femmes" (novembre 2009), saluant la sortie de ses livres audio inclus dans le coffret Marguerite Duras (coédition Des femmes-Antoinette Fouque & Montparnasse)

QUESTIONS DE FEMMES  (novembre 2009) salue la sortie du coffret Marguerite Duras, coédité par les éditions des femmes-Antoinette Fouque... et les éditions Montparnasse.... Et avec FANNY ARDANT !
A la Une Fanny Ardant
Itinéraire d'une enfant très gâtée
Trente-cinq ans de carrière, une filmographie exigeante, une discrétion qui confine au mystère, Fanny Ardant multiplie les casquettes. Mais qui se cache derrière l'icône ? Par Laurent Fialaix
 
durascoffret.gifD'elle, on voit, d'abord, la beauté, l'immense classe, la voix si profonde et frissonnante, ce talent singulier qui fait d'elle l'actrice unique qu'on suit depuis le milieu des années 70 quand on la découvrit à la télévision dans Les Dames de la côte. On salue sa légende aussi, depuis qu'elle partagea deux films, deux chefs d'oeuvre (La Femme d'à côté  et Vivement dimanche), avec François Truffaut.
D'elle, pourtant, on ne sait pas grand chose, que quelques informations glanées, ça et là, au cours de ses interviews. Fanny Ardant est une passionnée. Fanny Ardant est un brin sauvage. Fanny Ardant n'a pas peur du temps qui passe, mieux, elle le devance. Fanny Ardant est une grande timide qui ne cherche pas à alimenter son apparente froideur, juste une carapace. Et Fanny Ardant est plutôt fragile sous son masque de force et d'austérité... De fait, quand bien même elle joue dans une comédie comme Pédale douce, ce n'est pas sa drôlerie que l'on retient le plus, mais ce côté sombre que l'on devine et qui attire en même temps qu'il interroge. Il n'empêche qu'elle peut nous faire rire, la Fanny ! Comme dans cette scène inoubliable de 8 Femmes, de François Ozon, où son personnage fait subitement son coming out et s'en va rouler une pelle d'anthologie à Catherine Deneuve !
Forte de ses rôles si marquants, la star pourrait rester campée dans sa tour d'ivoire. Au contraire, au fil des années, elle se montre de plus en plus, prend des risques, se met en danger. Une artiste toujours sur le fil. Ainsi, en 2008, on la voyait au cinéma dans Hello Goodbye, de Graham Guit ; elle mettait en scène une opérette (Véronique) au Théâtre du Châtelet et, en toute discrétion, travaillait déjà à son premier film en tant que réalisatrice, Cendres et Sang, un long métrage torturé, sombre et intello, sorti il y a quelques semaines, et qui fut très diversement accueilli par la critique comme par le public. Peu importe, Fanny Ardant n'est pas de celles qui se laissent dépérir par un échec. Cet été, elle fut récitante dans un festival de musique classique aux côtés de Gérard Depardieu. Pour les Editions Des femmes, elle vient aussi d'enregistrer des textes de Marguerite Duras qu'elle joua plusieurs fois au théâtre. Enfin, côté conéma, avant de l'apercevoir dans le dernier long métrage de son ami Claude Berri, où elle fait une apparition (Trésor), c'est dans Visage qu'on la verra. Un film tourné au musée du Louvre par le Taïwanais Tsai Ming-liang qui s'est inspiré des collections du célèbre musée pour imaginer une comédie musicale. Fanny Ardant ne pouvait pas ne pas y participer. Le film, en réalité, est surtout un hommage à François Truffaut. Car comme dans La Nuit américaine, on y voit un tournage et son héros (Jean-Pierre Léaud, l'éternel Antoine Doinel). Et Nathalie Baye et Jeanne Moreau, deux des héroïnes de Truffaut, en font aussi partie. Ou comment rester fidèles à celui qui fit de nous une star...
Justement, sur ce point, nul besoin de s'inquiéter : quand Fanny aime, c'est pour toujours. Lors de la promotion de Cendres et Sang, elle ne s'en cachait pas : en plein tournage, elle a beaucoup pensé à l'ancien compagnon disparu il y a vingt-cinq ans. "J'aurais aimé le consulter. Pas pour les grandes décisions, mais pour des petites choses : une tenue ou une réplique. C'est dans la trivialité du quotidien que l'absence se fait le plus sentir."
 
fa.jpgProfonde, sincère, toujours au coeur de sa propre vérité, l'actrice ne compose pas. Entière, elle se protège, salue le bonheur d'avoir trois filles qui lui ont été providentielles ("Elles m'ont empêchée de faire des choses destructrices, elles m'ont obligée à me construire"), et se réfugie souvent dans une foi qu'elle revendique avec force : "Je le vis comme une conversation avec le monde des dieux, avec mon ange gardien. Je ne suis pas toujours en harmonie avec le monde visible, mais j'ai toujours été à l'aise avec le monde invisible. Je me sens protégée. Et j'aime dire merci, sans rien demander." Et si c'était cela le secret du mystère de Fanny Ardant ? Une vie finalement ailleurs, très loin de là où on l'imagine. A bien y réfléchir, Fanny Ardant n'est pas la femme d'à côté. Non, elle nous vient d'un autre temps que les moins de 250 ans ne peuvent pas connaître. Et c'est exactement pour ça qu'on l'aime. A la folie !
 
Un coffret DVD (et deux CD) Marguerite Duras, "Ecrire" et "La mort du jeune aviateur anglais" est disponible. Les deux films sont réalisés par Benoit Jacquot, et sur les 2 CD les textes de Duras sont lus par Fanny Ardant.
1949 : Fanny Ardant naît le 22 mars à Saumur d'un père officier de cavalerie. Elle passe une partie de son enfance à voyager et vit à Monaco
 
1974 : Elle fait ses débuts au théâtre dans Polyeucte de Corneille, mise en scène par Dominique Leverd qui lui donne, en 1975, sa première fille, Lumir
 
1981 : Après avoir tourné plusieurs téléfilms, et quelques films sans intérêt, elle rencontre François Truffaut qui lui offre l'un de ses rôles les plus forts dans La Femme d'à côté. Elle devient sa compagne
 
1983 : Fanny Ardant et François Truffaut sont les heureux parents de Joséphine. Sur scène, elle triomphe dans Mademoiselle Julie.
 
1984 : Elle tourne pour son compagnon dans Vivement dimanche, son dernier film. Truffaut meurt la même année
 
1985-1994 :  Elle tourne pour Costa-Gavras, Ettore Scola, Volker Schloendorff, Alain Resnais, avant de connaître un bref passage à vide au début des années 90. Là, elle n'apparaît que dans des films mineurs. Jusqu'au Colonel Chabert, un téléfilm diffusé en 1994 et qui donne un second souffle à sa carrière
 
1990 : Elle donne naissance à sa troisième fille, Baladine, dont le père est le cinéaste italien Fabio Conversi (producteur du récent Je l'aimais, de Zabou Breitman, et de Romanzo ciminale, et, par ailleurs, directeur photo de nombreux films comme Pédale douce ou Un indien dans la ville)
 
1996 : Pour la première fois, elle apparaît dans une comédie, Pédale douce. Une performance saluée par un triomphe public, et par un César de la meilleure actrice. Elle enchaîne avec un autre rôle marquant, dans Ridicule, de Patrice Leconte
 
1997 : Au théâtre, elle est une inoubliable Maria Callas dans Master Class, mis en scène par Roman Polanski. Un rôle qu'elle prolongera quatre ans plus tard avec le film Callas forever, de Franco Zeffirelli
 
2001 : Elle charme la France entière dans 8 Femmes, de François Ozon
 
2007 : Elle provoque un scandale en Italie. On lui reproche ses propos tenus dans une interview. Elle y parle de Renato Curcio, le fondateur des Brigades Rouges, comme d'un "héros". Peu de temps après, elle présente ses excuses : "Je comprends que des gens m'aient traitée d'idiote. Je ne leur donne pas tort. Je ne suis pas une politicienne, je n'ai pas d'expérience. Je ne suis qu'une actrice, une personne ordinaire." Son seul et unique faux-pas en trente-cinq ans de carrière.
 
2008 : Pour la première fois, elle passe à la mise en scène, pour l'opérette Véronique, au Théâtre du Châtelet
 
2009 : Elle réalise son premier film, Cendres et Sang.
 
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 ***
 
Nathalie Rheims, écrivain productrice. Elle publie Claude aux Ed. Léo Scheer un livre consacré au souvenir de Claude Berri, son compagnon, et évoque pour nous son amitié avec Fanny Ardant.
"Fanny, c'est la lumière, un diamant brut, couleur d'encre, la femme absolue, le rire le plus éclatant qu'il m'ait été donné d'entendre, la grâce dans chacun de ses gestes, une élégance unique, une présence hors du temps, la beauté, la simplicité, la gentillesse, avec ce mystère qui la tient à distance du monde, tout en restant attentive à ceux qui l'entourent."
 
Gérard Depardieu, acteur. Dans La Femme d'à côté, puis dans Nathalie, ils forment un couple mythique du cinéma français.
"Ce qui est bien avec Fanny, c'est qu'elle bouscule le bonheur !"
 
Marcel Hartmann
Le photographe Marcel Hartmann l'a rencontrée lors d'une séance photo pour le journal Le Monde. Il raconte :
"(...) Quand elle est entrée dans la pièce, elle a complètement envahi l'espace : elle a une présence affolante. A la fois calme et gracieuse, et d'une grande classe. Elle s'est assise sur le canapé, a posé son sac dessus, puis ses lunettes, et elle a croisé les jambes. Tout ce qu'il me restait à faire, c'était prendre la photo ! Donc, ça nous a pris une minute trente, pas plus..."
 
Anne Fontaine, cinéaste. Ensemble, elles ont tourné Nathalie, sorti en 2004.
"Elle n'est pas douée pour le réel. Pas du tout pragmatique, elle est dans l'effusion, le romanesque... Ce n'est pas une pose d'actrice, elle est ainsi au quotidien."

27.09.2009

Le coffret Marguerite Duras vient d'arriver aux éditions Des femmes : demandez-le en service de presse ! (sortie office du jeudi 29 octobre 2009)

La Mort du jeune aviateur anglais - Écrire

avec Marguerite Duras

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1996 à 2009, 80 min, couleurs

de Benoit Jacquot

En partenariat avec les Editions Montparnasse.

1 DVD : La mort du jeune aviateur anglais - Écrire, deux films réalisés par Benoît Jacquot avec Marguerite Duras

La mort du jeune aviateur anglais - Écrire

« L'événement de Vauville, je l'ai intitulé La mort du jeune aviateur anglais. En premier je l'ai raconté à Benoît Jacquot qui était venu me voir à Trouville. C'est lui qui a eu l'idée de me filmer lui racontant cette mort du jeune aviateur de vingt ans. Le lieu était mon appartement à Paris. Ce film une fois fait, on est allé dans ma maison de Neauphle-le-Château. J'ai parlé de l'écriture. Je voulais tenter de parler de ça : Écrire. Et un deuxième film a été ainsi fait avec la même équipe et la même production ». Marguerite Duras

2 CD : La mort du jeune aviateur anglais - Roma - Écrire. Lecture par Fanny Ardant des textes de Marguerite Duras

À partir des propos échangés avec Benoît Jacquot en 1993, Marguerite Duras a écrit deux textes, auxquels s'ajoute ici la nouvelle Roma. En les lisant aujourd'hui, Fanny Ardant leur redonne voix. De la voix de l'auteure à la voix du texte.

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21.09.2009

Parution d'un coffret Marguerite Duras (DVD de Benoit Jacquot et 2 CD de Fanny Ardant) - Bibliothèque des Regards... des Voix, 29 octobre 2009

COFFRET MARGUERITE DURAS (UN DVD + DEUX CD)

Ecrire

Marguerite Duras

(en partenariat avec les éditions Montparnasse)

Entretiens avec Benoît Jacquot

Lecture par Fanny Ardant

EAN : 3328140021141

Le coffret (1 DVD, 2 CD), 30 €

 

Office : 29/10/2009

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Ecrire

La mort du jeune aviateur anglais

 

Ce coffret comporte deux films réalisés par Benoît Jacquot avec Marguerite Duras. Dans le premier, l’écrivain raconte, en l’improvisant, l’histoire d’un jeune aviateur anglais tué au combat durant la seconde guerre mondiale. Dans le second, elle évoque son rapport à l’écriture (1 DVD). De ces entretiens naîtront deux textes La mort du jeune aviateur anglais et Ecrire (Gallimard, 1993), ici lus par Fanny Ardant (2 CD).

 

La mort du jeune aviateur anglais - Ecrire

1 DVD plus deux CD :

« L’événement de Vauville, je l’ai intitulé La mort du jeune aviateur anglais. En premier je l’ai raconté à Benoît Jacquot qui était venu me voir à Trouville. C’est lui qui a eu l’idée de me filmer lui racontant cette mort du jeune aviateur de vingt ans. Un film a donc été fait par Benoît Jacquot. L’image est de Caroline Champetier de Ribes, et le son de Michel Vionnet. Le lieu était mon appartement à Paris.

Ce film une fois fait, on est allé dans ma maison de Neauphle-le-Château. J’ai parlé de l’écriture. Je voulais tenter de parler de ça : Ecrire. Et un deuxième film a été ainsi fait avec la même équipe et la même production ».

(…) « Écrire, c'était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée. »

(…) « Ce livre n’est pas un livre.

Ce n’est pas une chanson.

Ni un poème. Ni des pensées.

Mais des larmes, de la douleur, des pleurs, des désespoirs qu’on ne peut pas encore arrêter ni raisonner. Des colères politiques fortes comme la foi en Dieu. Plus fortes encore que cela. Plus dangereuses parce que sans fin »

Production INA, 1993

Réalisation : Benoit Jacquot avec la collaboration de Yann Andréa. Image : Caroline Champetier, Julien Hirsch, Dominique Texier.

Son : Michel Vionnet, Patrick Collot.

Montage : Eric Vernier

Production executive : Sylvie Blum.

Atelier de production : Sylvie Ronchal, Monique Pascual

Direction des programmes de création : Claude Guisard.

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2 CD - textes lus par Fanny Ardant

La mort du jeune aviateur anglais - Ecrire - Roma

  

Production Des femmes-Antoinette Fouque, 2009

Réalisation : Michelle Muller - Piano : Joëlle Guimier

 

"C'est curieux un écrivain. C'est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. C'est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ca ne parle pas beaucoup parce que c'est impossible de parler à quelqu'un d'un livre qu'on a écrit et surtout d'un livre qu'on est en train d'écrire. C'est impossible. C'est à l'opposé du cinéma, à l'opposé du théâtre, et autres spectacles. C'est à l'opposé de toutes les lectures. C'est le plus difficile de tout. C'est le pire. Parce qu'un livre c'est l'inconnu, c'est la nuit, c'est clos, c'est ça. C'est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu'on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication : sa séparation d'avec lui, le livre rêvé, comme l'enfant dernier-né, toujours le plus aimé." Marguerite Duras

 

Comédienne, Fanny Ardant a été l’héroïne de très nombreux films parmi lesquels : La Femme d’à côté (François Truffaut, 1981), La Vie est un roman et L’Amour à mort (Alain Resnais, 1982, 1984) , Trois Sœurs (Margarethe Von Trotta, 1988). Elle a joué récemment au théâtre avec Gérard Depardieu La Bête dans la jungle (James Lord, 2004) et La Maladie de la mort (Marguerite Duras, 2006) . Ces textes ont été enregistrés pour « La Bibliothèque des voix » (Des femmes-Antoinette Fouque, 2005 et 2006). Pour cette même collection, elle a également lu La Musica Deuxième, de Marguerite Duras, avec Sami Frey, La Duchesse de Langeais, de Balzac, La Peur, de Stefan Zweig, Jane Eyre, de Charlotte Brontë.

 

21.07.2009

ACTUALITE : Fanny Ardant et Gérard Depardieu, captivants dans La Haine de Jacques Offenbach : Saviez-vous qu'ils avaient AUSSI enregistré un livre audio aux éditions Des femmes ?

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Fanny Ardant
et Gérard Depardieu
interprètent
La Bête dans la jungle

de James Lord
D'après Henry James
Version française de Marguerite Duras
1 CD - 18 €

Un homme, une femme, six tableaux, six rencontres, un secret en partie oublié, l’attente d’un événement terrible, une histoire d’amour qui se dit à sens unique… tandis que le temps passe. A l’ironie implacable et subtile de la nouvelle d’Henry James, s’ajoute la limpidité de l’adaptation théâtrale de James Lord, laissant discrètement entrevoir la force du non dit, implicite ou nié. Le secret et la révélation, la conscience de soi et la perception de l’autre, le souvenir et l’oubli.
Mise en scène de Jacques Lassalle
Création : Théâtre de la Madeleine 2004

26.03.2009

"La musica deuxième" marque les blogs (26.03.09)

duras-300x298.jpgLa Musica Deuxième, Marguerite Duras
par Fanny Ardant et Sami Frey, Antoinette Fouque présente la bibliothèque des voix.

J’ai avec l’oeuvre de Marguerite Duras un lien particulier, depuis très longtemps. Grand lecteur d’abord, j’ai à mon actif plusieurs travaux universitaires à son sujet, sans avoir pour autant fini mon mémoire de maîtrise sur cette parole qui m’échappa au moment où je crus l’appréhender. Babelio m’a proposé d’écouter cette lecture et c’est avec grand plaisir que je m’y suis prêté, histoire de m’immerger dans cette voix, cette écriture qui me fascine.

« Ce sont des gens qui divorcent, qui ont habité Évreux au début de leur mariage, qui s’y retrouvent le jour où leur divorce est prononcé. Tous les deux dans cet hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Dans la première partie de la nuit, leur ton est celui de la comédie, de la dispute. Dans la deuxième partie de la nuit, non, ils sont revenus à cet état intégral de l’amour désespéré, voix brisées du deuxième acte, défaites par la fatigue, ils sont toujours dans cette jeunesse du premier amour, effrayés.» M. Duras.

Ce sont deux voix qui se rencontrent. Deux paroles qui résonnent, dans l’intimité d’un bar d’hôtel. Ils viennent de divorcer. La parole s’engage presque sur un ton d’indifférence, neutre comme on pourrait le faire avec un étranger… Puis les voix se nouent peu à peu, les souvenirs remontent à la surface, les reproches, les vérités qu’on ne veut pas entendre, les espoirs qu’on espère peut-être encore… La parole s’embrase : la trahison, la blessure ouverte, béante… On rejoue les scènes de manière distante, pas du tout dans l’analyse, mais dans une théâtralité nécessaire pour faire ressentir l’intraduisible… Duras nous y a habitué : depuis le Square à l’Amant, en passant par Hiroshima mon amour, il y a toujours ce dialogue récurrent, cet entretien infini, ces deux voix qui déchirent le silence ; en surgissent des sentiments paradoxaux : l’amour, le désir, la douleur, mêlés à la voix quotidienne, celle qui parle de meubles, de choses insignifiantes… il en résulte un mouvement contradictoire de violence, d’indifférence, de désir furieux, d’amour brisé.

Les voix s’opposent, s’enlacent, jouent du porte-à-faux, posent une question, répondent à côté, reviennent à la question posée précédemment, ne se rencontrent pas, s’ignorent, puis se percutent violemment quand on ne s’y attend plus. Il y a souvent chez Duras la tentation du dialogue qui pourrait tout renouer, y compris soi-même avec soi-même, mais il y a toujours un ratage, quelque-chose qui passe à côté de l’occasion rêvée… les voix finissent épuisées et repartent chacune de leur côté.

La musica deuxième, réécriture de la Musica, 20 ans plus tard, apporte un deuxième acte qui va plus loin que la première pièce puisqu’elle veut les porter au bout de la nuit, au bout de l’épuisement pour qu’enfin la vérité éclate au grand jour :

« C’est en effet les mêmes gens et c’est aussi Evreux et cet hôtel. C’est aussi après l’audience. Mais cette fois-ci, ils ne se quittent pas au milieu de la nuit, ils parlent aussi dans la deuxième moitié de la nuit, celle tournée vers le jour. Ils sont beaucoup moins assurés à mesure que passe leur dernière nuit. Ils se contrediront, ils se répèteront. Mais avec le jour, inéluctable, la fin de l’histoire surviendra. C’est avant ce lever du jour les derniers instants de leurs dernières heures. Est-ce toujours terrible ? Toujours.
Vingt ans exactement séparent La Musica I et La Musica II, et pendant à peu près ce même temps j’ai désiré ce deuxième acte. Vingt ans que j’entends les voix brisées de ce deuxième acte, défaites par la fatigue de la nuit blanche. Et qu’ils se tiennent toujours dans cette jeunesse du premier amour, effrayés. Quelquefois, on finit par écrire quelque chose. » DURAS Marguerite, La Musica Deuxième, Textes pour la presse, Gallimard, Paris, 1985, p. 97.

A écouter Sami Frey et Fanny Ardant dans cette édition c’est un pur bonheur : leurs voix s’accordent parfaitement à cette parole qui déroule le texte. La voix de Samy Frey est toujours dans une sorte de frayeur, d’interrogation, de désir et de défiance, tandis que celle de Fanny Ardant semble toujours sur la défensive, dans l’usure, dans cette violence de la douleur qui serre les dents, sans se plaindre jamais. Des grains de voix de toute beauté qui servent le texte avec finesse, ni surjoué, ni simplement lu. Il en ressort cette musique, celle qui donne son nom au titre de la pièce, cette Musica, entre ritournelle tragique et chanson d’amour qui ne veut rien dire…

http://www.labyrinthiques.net/2009/03/26/la-musica-deuxieme-marguerite-duras/

24.01.2009

Marguerite Duras : que du bonheur à écouter ! (blog 24.01.09)

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Babelio et Marguerite Duras.
Par Sylvie Niel le samedi 24 janvier 2009, 12:00:00 - Livre - Lien permanent

Impressions Livres Oeuvre Talent
La Musica Deuxième de Marguerite Duras, dit par Fanny Ardant et Sami Frey. ''Editions Des Femmes, La Bibliothèque des Voix.''

La critique de ce CD est faîte dans le cadre de l'Opération Masse Critique de Babélio.

Quand deux voix magnifiques reconnaissables entre toutes, Fanny Ardant et Sami Frey, lisent un beau texte "La Musica Deuxième" de Marguerite Duras, cela donne un vrai grand moment de plaisir.
Et pourtant c'est l'histoire d'une déchirure, d'un amour passionnel qui s'est transformé en haine, fait d'instants ponctués de bonheur et de blessures irréparables qui les conduiront vers une rupture inévitable.
Ces êtres là, à l'évidence, s'aiment encore. Après trois ans de séparation et le soir de leur divorce, ils se retrouvent sur les lieux de leur amour pour tenter de comprendre l'échec de leur mariage. Dans un premier temps la conversation est presque banale, et peu à peu la parole se libère, se fait plus dense et chacun tente de décortiquer son histoire, d'expliquer ce qui a fait qu'il en est arrivé là.
Sans violence et avec les mots justes et simples de Marguerite Duras, le couple avoue les tromperies mutuelles, les malentendus, les petites bassesses, les envies même les plus tragiques, et aussi le besoin de se reconstruire ailleurs pour elle, loin de lui " Je veux être tranquille, partir loin..." , pour lui, tout près d'elle "Ne pars pas ... j'irai où vous serez."
Dans cette relation il est souvent question de désespoir, de révolte, de fuite et de douleur, mais aussi de nostalgie, de tendresse et d'amour avoué pour toujours.
C'est la première fois que " j'écoutais " un livre, j'ai passé 69 minutes de grande qualité, ponctués de courts instants de musique de Beethoven jouée par Pablo Casals et Rudolph Serkin ( Sonate pour violoncelle et piano n° 2 opus 5 ) et de Duke Ellington ( Black and Blue ). Une expérience que je vous conseille vivement et que je renouvellerai.

Deux phrases du texte où il est question de couleurs...
Elle : " Je me souviens de cette lumière de cinéma jaune, et tout le reste dans l'ombre."
Lui : " Vous aviez cette robe grise, celle des femmes honnêtes."

http://blog.couleuraddict.com/post/2009/01/23/Babelio-et-Marguerite-Duras

15.01.2009

Fanny Ardant, lectrice de la Bibliothèque des voix ! (blog 15.01.09)

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jeudi 15 janvier 2009
[masse critique] La Musica Deuxième, théâtre, Marguerite Duras
Second billet rédigé dans le cadre de la quatrième opération Masse Critique de Babelio. Double merci à eux !

Décidément, je suis poursuivie par le thème de l'oubli, de la mémoire, du revivre...

Fanny Ardant - Sami Frey. Ces deux-là, Anne-Marie Roche et Michel Nollet, vont mettre le temps d'un cédé audio de soixante-neuf minutes, le temps d'une pièce en un acte, trois scènes, pour attiser et confronter les souvenirs de leur histoire douloureuse. Le temps d'une longue conversation dans le salon d'un hôtel de province, à la sortie du tribunal où leur divorce vient d'être prononcé, pour se convaincre à contre-coeurs qu'il ne pouvait y avoir d'autre forme de terme à leur passion, que la rupture.

Au début ils font semblant d'avoir oublié, de ne pas se souvenir. Il y a combien de temps ? Ils s'observent avec la distance affichée de leurs nouvelles vies. Ils se posent des questions d'abord anodines. Où est-ce que tu habites, maintenant ? Et ton travail ? Puis au fur et à mesure, leurs cercles de communication se concentrent, les interrogations deviennent plus chirurgicales, visant à rouvrir une après l'autre, les blessures mal cicatrisées.

Jeux de pattes de velours ou coups de griffes, j'ai imaginé en les écoutant la danse nocturne de deux félins qui vont déchirer et disputer jusqu'à l'aube la dépouille de leur amour.

Jamais les voix tendues mais calmes ne vont s'enfler pour éclater, même quand ils évoqueront l'enfer des violences conjugales. Même quand ils en viendront à rejouer le drame passionnel mais sans victime de sang qui les a irrémédiablement séparés. Au bout de la nuit, ils laisseront derrière eux les décombres de leur histoire d'amour, ayant attendu l'extinction des dernières braises pour partir chacun de son côté, pantelants d'émotion, résignés, brisés à jamais.

Des voix ...

Les voix féminines de Duras : Delphine Seyrig, la blonde, et Fanny Ardant, la brune. J'ai le souvenir encore précis de la splendeur helvétique de Delphine interprète de Duras au cinéma et qui était la compagne de Sami Frey. Disparue très tôt emportée par la maladie. Fanny elle, est brune, vivante avec cette diction particulière, essoufflée qui rappelle celle de Delphine, parfois. Deux timbres mythiques et si personnels qu'ils ont fait et font encore le bonheur d'imitateurs masculins. Je me souviens de Claude Vega imitant Delphine Seyrig.

La voix de Sami Frey... évidemment chavirante, très légèrement voilée, et si parfaitement accordée a celle de Fanny Ardant. Tellement que parfois, surtout au début, quand on ne sait rien d'eux encore, il est possible de confondre leurs musiques, de n'entendre plus qu'un monologue, un solo.

Je n'avais jamais fait de lecture audio d'un livre ou d'une pièce de théâtre. J'ai beaucoup aimé. A la fin, j'ai eu envie de réécouter les dernières pistes et de transcrire quelques phrases au hasard, du sublime dialogue :

"Vous avez oublié que vous aviez laissé vos livres ? Vous les aviez fait venir et puis après vous n'en vouliez plus. Vous disiez que ça vous dégoûtait. [...] On les laisse alors ? C'est dommage quand même, non ?"

"J'ai oublié notre histoire. La douleur, j'ai oublié. Je ne sais plus du tout pourquoi. Souffrir, comme ça, à ce point la, et ne plus retrouver pourquoi après, les raisons..."

"Je crois qu'on ne se souvient pas de l'amour."
"Peut-être qu'on ne se souvient pas de la douleur quand elle ne fait plus souffrir."
"Du désir, il y a ou un oubli total, ou une mémoire totale, aucune ombre."

"Nous allons aimer moins maintenant, les autres gens. Moins."
"Nous sommes moins forts maintenant, nous avons perdu de notre force. Nous nous sommes rapprochés de la fin de notre vie."

http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2009/01/masse-critique-la-musica-deuxi%C3%A8me-th%C3%A9%C3%A2tre-marguerite-duras.html

10.06.2008

Fanny Ardant et Sami Frey lisent Marguerite Duras...

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Fanny Ardant et Sami Frey lisent
La Musica Deuxième
de Marguerite Duras

1 CD - 18 € - 69 mn - 2008

« Ce sont des gens qui divorcent, qui ont habité Évreux au début de leur mariage, qui s’y retrouvent le jour où leur divorce est prononcé. Tous les deux dans cet hôtel de France pendant une nuit d’été, sans un baiser, je les ferais parler des heures et des heures. Pour rien d’autre que pour parler. Dans la première partie de la nuit, leur ton est celui de la comédie, de la dispute. Dans la deuxième partie de la nuit, non, ils sont revenus à cet état intégral de l’amour désespéré, voix brisées du deuxième acte, défaites par la fatigue, ils sont toujours dans cette jeunesse du premier amour, effrayés.» M. D.

01.05.2008

Fanny Ardant relate son expérience de lecture pour la Bibliothèque des Voix

Texte recopié du catalogue des trente ans des Editions Des femmes :
7d9114f2831tfanny.jpgC'était comme parler dans le noir à quelqu'un qui vous écoute. Tout raconter d'un trait. Ne jamais s'arrêter. Vivre chaque personnage, recréer un univers entier, vouloir à tout prix partager l'amour d'un livre et l'histoire et le style et les mots.
C'était tout ça quand je suis allée lire La Duchesse de Langeais, Jane Eyre, La Peur.
C'était bien et j'attends que ça recommence.
F.A.

08.09.2007

Quand Duras nous parle (Charente Libre du 8.09.07)

La maladie de la mort.jpgQuand Duras nous parle

Un homme paye une femme pour la faire venir chez lui chaque nuit. Il veut connaître un corps féminin, essayer de l'approcher, de l'aimer. Il n'a jamais aimé aucune femme. Est-ce pour cela que la femme le dit atteint de la "maladie de la mort" ? Il regarde dormir la femme, puis apprend, doucement, à la toucher, à la caresser.

Enoncé au présent par une "voix" qui s'adresse à l'homme, qui le raconte à lui-même, ce récit met en scène le désir, ou son absence, l'impuissance de l'homme et de la femme à se rejoindre, l'amour perdu "avant qu'il soit advenu".

Marguerite Duras souhaitait que l'histoire soit lue par un homme. CE texte fut notamment interprété par Michel Piccoli, puis par Gérard Desarthe. Pour cette mise en scène au théâtre de La Madeleine, Bérangère Bonvoisin a choisi de faire dire ce texte à Fanny Ardant, donnant une nouvelle dimension à ce texte : car c'est désormais une femme qui décrit le regard d'un homme sur une autre femme, et cette lecture féminine introduit un nouveau terme dans l'équation complexe du désir.

"La maladie de la mort", de Marguerite Duras, lu par Fanny Ardant lors du spectacle mis en scène au théâtre de La Madeleine à Paris par Bérangère Bonvoisin du 6 juin au 9 juillet 2006, éd. Des femmes, 18 e

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