21.11.2009

CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES, le 25 novembre, lire le texte d'Antoinette Fouque (postface du livre "Des Mots pour agir", qu'elle a publié le 13 novembre 2009)

DES MOTS POUR AGIR - CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES - SOUVENIRS, MONOLOGUES, PAMPHLETS, PRIERES - PARUTION LE 13.11.09 AUX EDITIONS DES FEMMES-ANTOINETTE FOUQUE

SOUS LA DIRECTION DE EVE ENSLER ET MOLLIE DOYLE

PREFACES DE RAMA YADE ET NICOLE AMELINE

POSTFACES DE JANE FONDA ET ANTOINETTE FOUQUE

ff.jpgPOSTFACE D’ANTOINETTE FOUQUE

POUR UN NOUVEAU CONTRAT HUMAIN

 

Pas un jour depuis quarante ans sans le souci de résister, de comprendre et d'avancer avec des millions d'autres femmes. Les progrès de ces quatre dernières décennies ont sans doute été plus décisifs que durant deux mille ans d'histoire, mais le constat négatif reste affligeant et excède largement les victoires. Partout sur la planète, encore et davantage, les femmes sont victimes d'une violence unilatérale, celle de la domination mâle dans tous ses états : privés, publics, économiques, sociaux, culturels, religieux, politiques, symboliques, réels, imaginaires... Comme si au fur et à mesure que s'affirmait leur libération, une contre-libération machiste les encadrait, les déportait, les emprisonnait, les écrasait. Chaque jour, le courage et la force des femmes défient un destin qui ne leur est pas imposé par Panatomie mais prescrit par les traditions, et construit par les civilisations et l'histoire.

La libération des femmes, la plus longue des révolutions, doit s'attendre à la plus longue et la plus sanglante des contre-révolutions. Nous devons nous armer de patience vigilante et engager notre courage dans des risques lucides. La contre-offensive - le backlash - s'est conjuguée à une crise économique, politique et symbolique mondiale dès le premier geste de réparation envers les femmes (conférence de l'ONU consacrée aux femmes, à Mexico, en 1975). Le retour des religions a précédé la montée des intégrismes. Dès le milieu des années soixante-dix, la protestation virile, la paranoïa monothéiste, plongeaient les racines de Pantiféminisme dans la misogynie.

Amartya Sen a reçu en 1998 le prix Nobel d'économie pour l'ensemble de ses travaux dont beaucoup sont consacrés à la condition des femmes. Il est traduit en France depuis plus de quinze ans et il n'a pas fait école. Son ouvrage est loin d'être un « best-seller » et le gynocide qu'il dévoile n'a pas éveillé une seule de nos grandes consciences inîello-niédiatiques. J'ai cité à maintes reprises, en particulier au Parlement Européen son enquête-scandale, sans susciter le moindre écho. Une femme disparaît ? Non, cent millions de femmes manquent à l'appel en permanence. Cent millions de déficit au capital humain. Désastre humain. De la violence réelle à la violence symbolique, du viol au voile, des meurtres conjugaux à la charia, le massacre continue et s'amplifie. Chaque jour, « si c'est une femme », les journaux banalisent le danger de mort.

Dans le nouveau monde, à Ciudad Juarez, le long de la frontière entre le Mexique et le Texas, plus de cinq cent femmes ont été assassinées depuis 1993, après avoir été mutilées, torturées, violées, et ce, en toute impunité.

Dans notre vieille Europe, en Octobre 2002 dans la banlieue parisienne, la jeune Sohane a été brûlée vive dans un local à poubelles par un amoureux éconduit. Aucun des responsables politiques qui ont protesté le même jour contre un crime raciste et un attentat homophobe n'a manifesté d'indignation pour cet assassinat sexiste ni exprimé de compassion pour la jeune martyre. On sait que cette torture mortelle s'est largement répandue en Europe. Le 1er Juillet 2003, une jeune actrice très populaire est battue à mort par son compagnon, un musicien « politically correct », sympathisant des aiter-mondialistes. Après une forte excitation médiatique, la presse noble recense sobrement les événements de l'année 2003 : «Marie Trintignant meurt après une violente dispute ». En France, l'insécurité routière tue moins depuis quelque temps, mais, chaque mois, la violence unilatérale tue cinq femmes qui finissent dans les brèves des « faits divers », autrement dit avec les «chiens écrasés ». Et, en Espagne, le terrorisme domestique tue plus que l'ETA.

Les femmes, pauvres parmi les pauvres, sont de plus en plus pauvres. À mon arrivée au Parlement Européen en 1994, j'ai trouvé un premier rapport intitulé La pauvreté se féminise en Europe. D'autres ont suivi.

Alors que les femmes produisent les deux tiers des richesses mondiales, elles n'en détiennent que 1%, ne reçoivent que 10 % des revenus disponibles, et sont 75 % des plus pauvres. En se libéralisant, nos démocraties imposent aux femmes, souvent en charge de familles mono-parentales, travail informel, emploi précaire et chômage. En se désocialisant, la France menace les gynécologues, supprime les maternités, se sous-équipe en maisons de retraite. L'immense majorité des victimes de la canicule de l'été 2003 ont été des femmes.

L'Occident et l'Orient mettent le feu à la planète et aux femmes, et le monde brûle. Dedans, dehors, dans la famille, dans la rue, à l'école, sur les routes, dans les quartiers, les cités, dans les campagnes, dans les sociétés de droit comme ailleurs, riches ou pauvres, traditionnelles ou modernistes, à tous les niveaux d'analyse possible, les femmes ont à faire face à une guerre particulière, comme si leur corps doté d'une fonction indispensable pour l'espèce, la fonction génésique, était l'objet d'une haine immémoriale.

Pourquoi de telles régressions démocratiques ? C'est moins l'engagement des femmes qui est en cause que la non pertinence des analyses, tant politiques que psychanalytiques. Ai-je assez insisté sur les défauts structurels qui, à travers les différents modèles de solution au problème, perpétuent la condition catastrophique des femmes dans l'histoire : le modèle traditionnel du tota mulier in utero ; le modèle républicain uni(sex)versaliste qui court après un féminisme indifférentialiste du tota mulier sine utero ; le premier, l'exploitation voulue, le deuxième, l'exploitation déniée. Le modèle démocratique, lui, recyclage et compromis des deux précédents, prétend harmoniser vie familiale et vie professionnelle ; le taux de fécondité, déporté du corps des femmes dont il dépend vers la famille ou la science démographique, dénie et exploite ce que j'ai appelé de longue date la production de vivant, qui s'ajoute en bien des cas au travail domestique et à l'activité professionnelle en une triple production.

Je pense qu'au fondement de cette haine envers les femmes, qui ravage l'espèce humaine, il y a l'envie primordiale, archaïque, universelle et radicalement déniée, de leur capacité procréatrice, une envie d'utérus qui taraude infiniment plus l'inconscient mâle que l'envie de pénis la conscience féministe. Il faut en penser les effets politiques que sont, dans tous les champs, les violences réelles et symboliques infligées aux femmes.

L'ennemi principal de la libération des femmes n'a pas été suffisamment désigné : c'est le monisme mâle, le phallocentrisme, l'égocentrisme, le Un comme seul représentant de toute l'espèce humaine. Des monothéismes à l'égalité républicaine, il n'y a que de l'Un : un seul Dieu, mâle, une seule libido, phallique, une seule économie, capitaliste-libérale, une seule citoyenneté, neutre, un seul sujet» universel, un seul sexe, un seul individu, monadique, hors connexion. Mais voilà, si Dieu a besoin des hommes, les hommes ont besoin de « la race des femmes » pour leur faire des enfants, d'où la colonisation du continent noir, la mise en esclavage - la femme comme instrument vivant -, l'appropriation de l'utérus, principal moyen de production, l'exploitation de la production utérine.

La procréation, maîtrisable et pensable, ne peut plus être un esclavage. Elle n'a plus à être oubliée, refoulée, forclose, mise en position de menace inconsciente du moi paranoïaque. Il faut en foire, au contraire, le motif du travail sur la différence. Libérer à la source la libido creandi des femmes lance un défi permanent à la guerre et à la pulsion de mort. Elle donne lieu, au XXIe siècle, à une révolution pour le genre humain et ouvre à la génialité des deux sexes.

Survivors, super vivantes plutôt que survivantes, bien au-delà de leur condition de victimes, là où elles portent un triple fardeau, les femmes trouvent l'énergie, pour peu qu'on les y encourage, de se transformer en actrices principales du changement, en force de proposition, en coeur battant d'une triple dynamique de démographie, de développement et de démocratie, pour accomplir une triple révolution, du symbolique, de l'économique, du politique. En Afrique, 95 % des O.N.G sont prises en charge par des femmes, mais le sida ravage leurs enfants. Au Niger, elles font reculer le désert, reconquièrent et irriguent, par un travail acharné, la terre devenue stérile pour nourrir la population et faire revivre les marchés dans les villages.

Ni soumises ni esclaves, sans dieu ni maître, laïques, des femmes déjà s'éloignent de la genèse du Livre, dont les Écritures les ont forcloses, pour apprendre à lire en se rappelant, en remerciant, en pensant le lieu d'où elles viennent sans y revenir mais en allant de l'avant ; des femmes ont commencé à vivre leur nouvelle condition historique, à inscrire la genèse d'une modernité tardive. Bouleversements. Viennent les temps des fécondités croisées. Charnelles et spirituelles. Pour un nouveau contrat humain. Ensemble. Tempus est creandi. Pour chacun des deux sexes, l'un par l'autre enrichi, sans dette ni marchandage.

L'ancien monde et l'histoire moderne s'en vont. Au commencement... Cette fois encore. Pensée première et force de proposition. Courage de concevoir, de porter, de mettre au monde ce qui vient. Ni riveraines ni sans rivage, ni sédentaires ni nomades. Mémoire gracieuse. Promesse durable. Pulsion de vie enfin, alliance, résistance, délivrance ; sexe jouant, corps travaillant, chair pensant, des femmes, dès maintenant, libres, en mouvements.

 

19.11.2009

Laurence Zordan cite Martha Nussbaum et Antoinette Fouque dans La Quinzaine Littéraire (16 au 30 novembre 2009)

martha.jpgLA QUINZAINE LITTERAIRE DU 16 AU 30 NOVEMBRE 2009 - SOCIETE
REVOLUTION DES FEMMES SANS FEMINISME
 
LAURENCE ZORDAN
 
Quoi de commun entre le protagoniste de la révolte du Chiapas et l'anthropologue enseignant à Berkeley, observant le rôle des femmes dans le mouvement des mosquées au Caire ? Deux ouvrages qui bousculent les lignes, qui n'en restent pas aux approches convenues et méritent ainsi un rapprochement peut-être inconvenant. Ils illustrent une conception symétrique de la profondeur : l'un est à l'image de l'exclamation paradoxale "qu'ils étaient superficiels par profondeur !", l'autre ouvre à une minutie vertigineuse, où la ténuité possède une tonalité insoupçonnée, invitant à toutes les résonances. Tous deux posent la question de la capacité agissante des femmes, sans se satisfaire d'une réponse féministe.
 
Sous-Commandant Marcos
Saisons de la digne rage
Climats, 276 p., 21 euros
 
show_image.jpgSaba Mahmood
Politique de la piété
Le féminisme à l'épreuve du renouveau islamique
La Découverte, 312 P., 26 euros
 
(...)
L'ouvrage [Saba Mahmood] manie avec virtuosité précision de l'enquête empirique et envergure de l'analyse théorique, permettant de croiser "études de genre" et implications géopolitiques. Particulièrement féconde, l'approche par les "capabilités" (capabilities qui complète agency de Saba Mahmood) est aussi le fil conducteur du livre de Martha C. Nussbaum, publié par Antoinette Fouque, qui a elle-même ouvert la voie allant de l'observation de ce que les femmes sont "capables" de faire (à commencer par la gestation) jusqu'à un nouveau contrat humain.

13.11.2009

Antoinette Fouque : un nouveau livre, vendredi 13 novembre 2009, chez Bourin-Editeur

CouvAF.JPGAntoinette

 

 

 

Fouque

 

 

 

Entretiens avec Christophe Bourseiller

Collection Qui êtes-vous ?

 

En librairie

 

 

 

 

le 13 novembre 2009

Genre : Entretiens    Nombre de pages : 160

ISBN : 9782849411469 Code article : 724 548.2

Format : 140 x 216   Prix : 19 €

 

Le Livre :

 

Cofondatrice du Mouvement de Libération des Femmes, pionnière d’un certain « féminisme », Antoinette Fouque est aujourd’hui une théoricienne inclassable. On sait que le mouvement des femmes se divise depuis l’origine en deux branches. La première privilégie le social et milite pour les droits des femmes. La seconde est plus philosophique. Elle s’interroge : qu’est-ce qu’une femme ? C’est tout le travail d’Antoinette Fouque.  En quoi consiste l’être-femme ? Très critique à l’égard du féminisme, Antoinette Fouque place notamment la maternité au cœur de la féminité et en tire toutes les conséquences même les plus anticonformistes.

Un ouvrage court et synthétique. Plus qu’une introduction à Antoinette Fouque, ce livre est un témoignage unique sur la pensée et le parcours d’une des plus importantes militante et intellectuelle d’aujourd’hui.

 

Derniers ouvrages publiés par Antoinette Fouque : Génération MLF, 1968-2008 (Editions des femmes, 2008), Penser avec Antoinette Fouque, ouvrage collectif (Editions des femmes, 2008).

 

 

La Collection Qui êtes-vous ?

A quoi bon des penseurs, en un temps de détresse ? On est tenté de paraphraser Hölderlin : "A quoi bon des poètes, en un temps de détresse ?" Tandis que les ténors pérorent sous les sunlights, certains avancent pourtant des idées nouvelles, émettent des concepts, cherchent, défrichent. Cette collection Qui êtes-vous ?  a pour objet de faire connaître des penseurs, des oeuvres, qui, aujourd'hui, se positionnent dans l’inclassable.  Les faire connaître, c'est-à-dire dialoguer avec eux, partir à la rencontre de leur pensée, en un ouvrage permettant de les faire découvrir. Le choix des auteurs n’à évidemment rien de fortuit .Chaque ouvrage de cette collection pourrait ainsi constituer la pièce d'un puzzle. Les deux premiers volumes sont consacrés à Antoinette Fouque (novembre 2009) et Michel Maffesoli (février 2010).

 

Ecrivain, comédien, journaliste, Christophe Bourseiller a publié une quarantaine de livres dont Les Maoïstes (1996), Vie et mort de Guy Debord (1999, Les Forcenés du désir (2000), Histoire générale de l'ultra-gauche (2003) et  Génération Chaos (2008).

 

 

Contact presse : Isabelle Mazzaschi 01 40 13 87 74 (LD) 

06 14 32 95 09  /  01 53 05 99 59 (Std)

imazza@bourin-editeur.fr

 

09.11.2009

Causette, le nouveau magazine "plus féminin du cerveau que du capiton" a déjà interviewé Antoinette Fouque sur son nouveau livre ! (novembre 2009) - Bravo ! Longue et heureuse vie à Causette !

aflivre.jpgCAUSETTE - NOVEMBRE-DECEMBRE 2009
DOSSIER SPECIAL FEMINISME
Je ne suis pas féministe mais...
... ma mère l'a été pour deux
 
UNE FEMME EST UNE FEMME
 
A 73 ans, Antoinette Fouque accuse une vie intense de combats et de prises de position risquées. Editrice et psychanalyste, celle qui fut la cofondatrice du Mouvement de libération des femmes (MLF) continue la lutte. L'esprit vif, elle est là où on ne l'attendait pas. Conservatrice et moderne à la fois, elle se positionne pour la gestation pour autrui et contre la prostitution.
 
Quel regard portez-vous sur le féminisme aujourd'hui ? Pourquoi a t-il mauvaise presse ?
 
Chez qui a t-il mauvaise presse ? Telle femme dit qu'elle n'est pas féministe mais ses actes disent le contraire. Telle autre affirme l'être, et on en est surpris. Il y a un féminisme de masse qui va avec la démocratisation des moeurs. Il s'ignore ou se revendique sur le même point d'affirmation de liberté. Aujourd'hui et pour longtemps encore, être féministe peut faire plaisir, apporter de la liberté, de l'air, de la libido. S'il est le premier stade de la prise de conscience de la domination masculine, alors il est nécessaire. Mais il ne suffit pas, et par certains côtés, il renforce même cette domination.
 
Vous êtes cofondatrice du MLF. La scission au sein du mouvement a t-elle fondamentalement changé les choses ? A quand la réconciliation ?
 
Au départ, en 1968, avec Monique Wittig, nous étions de vraies partenaires pour faire démarrer le MLF, mais nous avions des perspectives différentes. pour elle, femme signifiait aliénation. Il fallait donc se débarrasser de l'identité femme. Lacan disait : "la femme, ça n'existe pas", et mon obsession était : "comment exister ?" L'expérience de la gestation, ce qui fait qu'on est une femme et pas un homme, de mère en fille, m'est apparue la chose principale. Lorsqu'en 1970, le mouvement est devenu plus massif, certaines ont voulu le rebaptiser "mouvement féministe révolutionnaire", faisant voler en éclats les mots "femme" et "libération". Voilà la scission. Je n'en suis pas l'agent. Elle est venue de cette volonté d'unifier le mouvement sous le label féministe. En 1979, certaines qui se revendiquaient du féminisme et qui ne voulaient plus du MLF sont allées dans les partis. J'ai fait une association pour que le MLF ne disparaisse pas.
 
Vous avez déclaré que les lesbiennes et les gays sont des enfants du MLF...
 
J'ai organisé, dès 1970, la première réunion sur le thème de l'homosexualité, chez moi, rue des Saints-Pères. Nous y étions très nombreuses, et nous avons même vu arriver de Pigalle toutes sortes de jeunes femmes travesties, trans., hétérosexuelles comprises. Le MLF n'était pas pour moi un mouvement lesbien, mais un mouvement homosexué, un espace de solidarité, de culture, pour sortir de l'esclavage. Et il a ouvert le voie à la reconnaissance de l'homosexualité pour les deux sexes. lorsque j'ai rencontré Guy Hocquenghem, il n'osait pas affirmer sa sexualité dans son groupe gauchiste et se sentait discriminé comme homosexuel. Je lui ai expliqué qu'il devait en faire une question politique, un moteur de lutte. Trois mois après, il fondait le FHAR (front homosexuel d'action révolutionnaire).
 
Votre lutte pour la liberté des femmes fait écho à une question éthique cruciale : la gestation pour autrui. On ne vous attendait pas si ouverte sur la question...
 
Là aussi, votre surprise mérite une genèse, une généalogie, pour dire la naissance d'un mouvement de pensée. La gestation était mon motif pour faire le MLF en 1968. Dès l'apparition de la gestation pour autrui, vers 1982, j'ai dit publiquement que la question du statut des "mères porteuses" serait la grande question du XXXIème siècle et que les reconnaître était "un acte de décolonisation de l'utérus" (interview d'Antoinette Fouque, Elle n° 2039, 4 février 1985.) Comme l'avortement pour lequel le MLF s'est fortement mobilisé a été le moment négatif de la gestation, la gestation pour autrui en est le moment affirmatif. Elle fait surgir, après presque quarante ans, ce qui est en cause dans la différence des sexes : cette compétence de gestation propre aux femmes. Comme Marx a levé la censure sur le travail et l'exploitation du prolétariat, le peuple producteur, il y a, avec la gestation pour autrui, levée de forclusion sur qui produit la richesse humaine : les femmes, qui produisent, gestation après gestation, l'humanité. Beaucoup de femmes de gauche se sont élevées contre, d'un point de vue strictement économique. Mais il y aura toujours le monde de l'économie capitaliste et celui de l'économie du don. Le monde de la prostitution de l'utérus, et celui de la gestation qui est l'éthique même. Il y aura toujours une course entre l'asservissement et la libération des femmes. Il faut une reconnaissance de la fonction génésique des femmes pour lutter contre la prostitution sexuelle et utérine.
 
N'est-il pas paradoxal d'être pour les mères porteuses et contre la prostitution ?
 
Je suis née à Marseille, dans le quartier des prostituées. La marraine de mon père, enlevée à 15 ans, fut déportée de Corse vers un bordel en Argentine par son propre frère. Elle a été enfermée les vingt premières années de sa vie. C'est une histoire d'esclavage. Lorsque j'étais députée au Parlement européen, il fallait distinguer la traite des êtres humains et la prostitution "librement consentie". Certaines prostituées se disaient libres sous la pression de leur proxénète. Je ne crois pas à la prostitution libre.
 
On connaît les divergences entre le féminisme et le Queer, autour du genre. Vous avez écrit Il y a deux sexes. Votre position est-elle encore tenable ?
 
c'est une position de combat ! Au-delà du gender, qui me paraît être le déploiement d'une humanité adolescente, narcissique, dans le paraître, la posture. Contrairement à Freud, je pense qu'il y a, au-delà de l'adolescence, une génitalité, une activité des femmes avec une compétence propre. Si le sexe de l'homme est symbolisé, la symbolisation du sexe des femmes reste à faire. On peut tout greffer, sauf un utérus. C'est pour cela que des femmes qui veulent devenir des hommes prennent tous les caractères secondaires de la masculinité mais gardent leur utérus pour ne pas perdre la compétence matricielle. Les signes secondaires qui passent avant les signes premiers, ceux du sexe, c'est le frivole qui prend le pas sur la matière. C'est un processus de dématérialisation, la mise en fuite de la matière charnelle, du réel et des deux sexes. Le jeu de genre à l'infini va du travestissement au transgender, mais il ne passe pas la barrière de la génitalité. C'est un jeu. Une forme de nihilisme. Mais le réel de la différence des sexes résiste.
 
Êtes-vous Queer ?
 
Si le Queer est un jeu et s'il s'agit de lever la censure, nous le faisions depuis longtemps avec Wittig ! Dans les années 70, on s'habillait en homme. Il faudrait être stupide pour ne pas se reconnaître bisexuée. Nous étions libres !
 
Quels sont vos rêves pour les femmes ?
 
Si chacune s'arrime à se demander : "Je suis une femme, est-ce que j'ai le droit d'exister en tant que femme ?" et que la réponse est oui... alors, c'est gagné !
 
Propos recueillis par Agnès Vannouvong
 
A lire : Antoinette fouque, Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin éditeur, coll., à paraître le 13 novembre 2009.

05.11.2009

Antoinette Fouque, "POUR" la Gestation pour autrui (dossier du Nouvel Obs du 05/11/09 par Doan Bui)

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5 au 11 novembre 2009
LE NOUVEL OBSERVATEUR
 
Notre époque
Question de bioéthique
MOI, C., MERE PORTEUSE
(enquête par Doan Bui)
 
Porter l'enfant d'un autre couple est une pratique illégale, à ce jour, en France. C'est pourtant le choix fait par celle que nous appelerons Caroline. Témoignage (...)
 
LES POUR
ELISABETH ROUDINESCO
"Comme d'habitude, dans les débats qui concernent la famille, les réactions sont  disproportionnées et violentes. Surtout que là, on touche au saint du saint : la maternité. J'ai l'impression qu'on ne parvient pas à sortir du cliché "la maman ou la putain". Surtout quand j'entends les détracteurs de la GPA comparer cette pratique à de la prostitution... La société est en avance sur la loi : il faut s'adapter à ces nouvelles formes de parentalité, repenser les règles de la filiation. A partir du moment où on a commencé à toucher à la FIV et à la procréation assistée, on avait déjà ouvert la boite de Pandore. Assumons donc. Pour l'instant, le législateur devrait déjà autoriser la GPA dans certains cas médicalement justifiés. Quant à l'étendre aux couples homosexuels, on n'en est pas là, mais la question, dans l'avenir, se posera fatalement." E.R.
 
Mais aussi... l'obstétricien François Olivennes, le professeur Israël Nisand, et également des féministes comme Antoinette Fouque, Elisabeth Badinter, l'anthropologue Maurice Godelier, des politiques comme Aurélie Filippetti ou Noël Mamère...

31.10.2009

Françoise Vergier rend présente Antoinette Fouque dans la Revue Aréa (automne-hiver 2009)

1272vergier_merebrune.jpgPRESSE NATIONALE
- “ L’énergie des principes” entretien avec Christine Jean, in « area », 120 femmes s’expriment, féminin pluriel,n°19/20 automne-hiver 2009, p 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77.
http://www.francoise-vergier.com/
 
Aréa Revue http://www.areaparis.com/ Entretien avec Christine Jean - Françoise Vergier
L'énergie des principes
La poésie comme règle, le sensible comme moteur et la responsabilité en tout. Les objets de Françoise Vergier sont animés, comme on pourrait le dire d'un fétiche chargé installant avec celui qui regarde une relation de fascination qui le rendrait auteur du monde.
 
(...)
A la question d'Alexis Rafael Krasolowsky :
 - Voyez-vous l'art comme un monde d'hommes ? Louise Bourgeois répondait :
 - Oui, c'est un monde où les hommes et les femmes essaient de satisfaire le pouvoir des hommes.
 - Pensez-vous qu'il y a un style particulier ou une part de style qui soit propre aux femmes ?
 - Pas encore. Avant que cela se produise, les femmes devront avoir oublié leur désir de satisfaire la structure du pouvoir mâle" (février 1971)
Louise Bourgeois disait cela il y a plus de trente ans, que diriez-vous aujourd'hui ?
 
Je lutte contre les valeurs du pouvoir patriarcal et je m'en défends maladroitement. Mon travail cherche à savoir qui je suis en tant que personne humaine et à  dire un sentiment du monde. Les sujets que j'approche sont liés à un principe féminin qui appartient autant aux hommes qu'aux femmes. Rien ne peut arrêter la matérialisation de ma parole, même si je rencontre des barrières, si l'on refuse de voir mon travail pour ce qu'il est : l'indication d'un apaisement réconciliateur. Les femmes sont encore un problème pour une bonne partie des hommes et énormément de femmes trouvent du plaisir à satisfaire la structure du pouvoir mâle. Celles qui réussissent en art et ailleurs sont l'arbre qui cache la forêt. Je suis en accord avec Antoinette Fouque lorsqu'elle dit que la gestation est une blessure narcissique pour l'homme.
L'universalité du mépris et de la dévaluation des femmes, la peur pure et simple du sexe féminin, la crainte de perdre le pouvoir ou le besoin d'asservir les compagnes le démontrent. Notre époque est en régression, mais la vague d'émancipation qui a eu lieu en Occident est irréversible. Lorsque Fabrice Hyber écrit sur un dessin, avant l'an 2000 "le XXIème siècle sera féminin ou ne sera pas" et qu'au premier jour de ce nouveau siècle, il note sur un autre dessin "le XXIème siècle sera féminin", il indique que nous ne pouvons pas ne pas faire un renversement des valeurs qui est vital pour notre humanité. Tout cela rejoint l'écologie nécessaire à notre planète, c'est-à-dire la recherche d'un équilibre respectueux envers tout ce qui compose nos vies de A à Z.

19.10.2009

Frédéric Mouchon interviewe Antoinette Fouque dans Le Parisien (manifestation du 17 octobre 2009)

LE PARISIEN - 2406.jpgDimanche 18 octobre 2009
Le fait du jour
Les femmes se remobilisent pour le droit à l'avortement
 
Trente-quatre ans après la légalisation de l'IVG, les Françaises repartent au combat pour défendre ce droit, que beaucoup jugent menacé. Hier, elles étaient des milliers à défiler dans Paris.
 
Comme aux grandes heures des manifestations post-soixante-huitardes réclamant le droit d'avoir "un enfant si je veux, quand je veux", plusieurs milliers de personnes, majoritairement des femmes, n'ont pas reculé devant les trombes d'eau pour réclamer, hier à Paris, une meilleure égalité "femmes-hommes", notamment sur les salaires, et surtout dénoncer les atteintes au droit à l'avortement. Trente-quatre ans après la légalisation de l'IVG, les féministes s'inquiètent de voir des centres d'interruption volontaire de grossesse démantelés et des jeunes femmes parfois contraintes d'aller avorter à l'étranger.
 
image_58164164.jpg"Notre combat n'a pas cessé"
 
Alors que le gouvernement irlandais a tenté en mars dernier de durcir une loi anti-avortement déjà considérée comme l'une des plus restrictives d'Europe, plus d'un million de militants "pro vida" ont défilé en force hier à Madrid pour dénoncer le projet de libéralisation de l'IVG du gouvernement espagnol.
 
(...) Il y a encore des forces qui essaient de revenir sur ce qui, pour nous, est acquis, même dans un pays progressiste comme l'Espagne", s'inquiète l'adjointe PS du maire de Paris, Anne Hidalgo, qui défilait hier dans le cortège parisien. "Chaque fois que l'on voit les partis traditionnalistes battre le pavé, c'est contre nos libertés et nos droits citoyens, confie la cofondatrice du Mouvement de Libération des femmes (MLF), Antoinette Fouque. Entre le droit à l'IVG attaqué, le port de la burqa, la sous-représentation en politique et les violences faites aux femmes, la période actuelle est très dure. Depuis quarante ans, notre combat n'a pas cessé et rien n'est jamais acquis." (...)
 
af.jpgPrésente aux côtés des 103 associations féministes organisatrices du rassemblement, la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, estime que, "dans une société de crise comme la nôtre, ce sont souvent les femmes qui sont les premières licenciées et les premières précarisées". Frédéric Mouchon
 
Le mot du jour
Féminisme
Le féminisme est l'"attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que les droits des hommes", lit-on dans le Petit Robert. Porté par Olympe de Gouges pendant la Révolution française, le féminisme marque les esprits avec le combat des suffragettes britanniques à la fin du XIXème siècle...
Le mouvement féministe prend toute sa dimension dans les années 1960, d'abord aux Etats-Unis, où est votée la première loi sur l'égalité des salaires en 1963, puis en Europe de l'Ouest. En France, le MLF (Mouvement de libération des femmes) s'organise derrière des figures de proue comme Antoinette Fouque, et obtient le droit à l'avortement en janvier 1975. Dans l'Hexagone, les femmes n'ont le droit de voter que depuis 1945... H.B.
 
 

09.10.2009

Conférence d'Antoinette Fouque sur "Le Corps dans tous ses états" aux 12èmes Rendez-vous de l'Histoire de Blois, dimanche 11 octobre 2009 à 16 h 15

Les Rendez-vous de l'histoire de Blois - NOUVELOBS.COM |- INTERVENTION D'ANTOINETTE FOUQUE EN CONFERENCE

GÉNÉRATION MLF 1968-2008. HIER, AUJOURD'HUI, POUR DEMAIN - De 16h15 à 17h45 - Amphi 3 de l'antenne universitaire
Le MLF a 41 ans. Ce mouvement original, qui a su articuler le désir de révolution aux nécessités des réformes, a imprégné l'ensemble de la société et transformé la vie des femmes et des hommes. Au commencement, un slogan du MLF : « Notre corps nous appartient ».  Où en sommes-nous aujourd'hui ?

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02.10.2009 | 11:45

Le plus grand rassemblement d’intellectuels en France, une immense université populaire ouverte à tous pour mieux comprendre la marche du monde à la lumière de son histoire.

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Le thème : "Le corps dans tous ses états"

Le corps est une idée neuve en histoire. Les historiens ne l’ont d’abord abordé qu’avec prudence, « à leur corps défendant ». Mais désormais le mouvement est lancé. Des questions jusque là abandonnées à l’anecdote ont été reconsidérées avec plus d’ambition, dans une perspective qui unit économie, politique et culture. Nourri et soigné, désirant et enfantant, exercé et violenté, mais aussi lieu d’expression, dans la gestuelle comme dans la parure, le corps amène à s’interroger sur la relativité des notions de beauté ou de pudeur, comme sur la place très différente qu’il peut occuper dans les sociétés, suivant que leur système religieux met ou non le corps en scène.
Sans prétendre se lancer « à corps perdu » dans toutes les voies qui s’ouvrent aujourd’hui à la recherche et à la réflexion, les Rendez-vous de Blois 2009 aideront le public à mieux comprendre cet objet nouveau qui est pourtant, quand on y pense, le plus vieux sujet du monde.
Pascal Ory, professeur à la Sorbonne (Paris 1)

Parmi les 500 personnalités attendues, citons notamment :


Sylviane Agacinski, Fabrice d’Almeida, Jean-Pierre Azéma, Claude Aziza, Georges Balandier, Antoine de Baecque, Jean-Luc Barré, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Pascal Boniface, Alain Cabantous, Catherine Coquery-Vidrovitch, André Comte-Sponville, Alain Corbin, Joël Cornette, Arlette Farge,

Antoinette Fouque, Françoise Héritier, Jean-Noël Jeanneney, Lionel Jospin, Jul, Claude Lanzmann, Henry Laurens, Bruno Laurioux, David Le Breton, Amin Maalouf, Adelwahab Meddeb, Pascal Ory, Mona Ozouf, Michelle Perrot, Pascal Picq, Yves Pouliguen, Anne Rasmussen, Daniel Roche, Maurice Sartre, Jean-Claude Schmitt, Georges Vigarello, Michel Winock…

Les
Rendez-vous de l'histoire se tiennent du 8 au 11 octobre à Blois. Site internet : http://www.rdv-histoire.com/

05.10.2009

Soutenir Aung San Suu Kyi avec Antoinette Fouque, DEMAIN, le 6 octobre 2009 dès 21 h

Le résumé du communiqué politique qui suit en sept lignes : L’Alliance des Femmes pour la Démocratie appelle au rassemblement de soutien à Aung San Suu Kyi organisé mardi 6 octobre, de 21 heures à 23 heures sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.

 + pour toute interview d'Antoinette Fouque, son éditrice, qui connaît bien l'héroïne comme la cause, ou pour recevoir le livre d'Aung San Suu Kyi en service de presse (n'oubliez pas de mentionner une adresse postale), joindre Guilaine Depis, n'importe quand, au 06.84.36.31.85.

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Alliance des Femmes pour la Démocratie Présidente : Antoinette Fouque

Communiqué 4 octobre 2009

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En confirmant la condamnation d’Aung San Suu Kyi à 18 mois supplémentaires d’assignation à résidence, la junte birmane l’exclut des prétendues élections qu’elle prévoit d’organiser l’année prochaine, et qui ne seront donc qu’une parodie.

Antoinette Fouque et l’Alliance des Femmes pour la Démocratie rappellent que la Prix Nobel de la Paix, et son parti, la LND, avaient remporté massivement les élections démocratiques de 1990. La junte avait refusé ces résultats, et exerce depuis cette date un pouvoir dictatorial et corrompu sur la Birmanie, en dépit de plusieurs soulèvements populaires.

Aung San Suu Kyi, pour sa part, donne au monde un exemple de combativité intelligente et d’extraordinaire dignité. Privée de liberté depuis quatorze ans, elle continue à méditer, penser, résister, agir… « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur […]. Aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de resurgir encore et toujours », a-t-elle écrit dans son livre Se libérer de la peur (Éditions Des femmes, 1991).

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01.10.2009

Portrait d'Antoinette Fouque par Katia D. Kaupp (Le Nouvel Observateur du 6 décembre 1990)

ff.jpgPortrait du 6 décembre 1990 (Le Nouvel Observateur)

 

Mythologies 90 - Une chronique de Katia D. Kaupp 

 

Antoinette Fouque, poétesse

 

 « Nous, les femmes, nous sommes ici : nous voulons exister et ne pas être absentes de l'Histoire. »

 

 

C'était une évidence. Mais elle a résonné comme un tremblement de terre et, pour l'avoir énoncée, simple comme bonjour, une psychanalyste, quelqu'un du dedans, a fait histoire : Antoinette Fouque. C'est elle la femme la plus importante de tout ce numéro dédié aux femmes. Elle a marqué la France pour le meilleur et le plus profondément : du mouvement des femmes. La dernière fille née ne sait plus ce qu'elle lui doit.

 Trop proche, ou remisé aux oubliettes, en 1990 ce mouvement est presque inconnu. Il fut capital et de toutes les façons. C'était un mouvement vital et il fut décisif, en donnant lieu à un corpus de lois pour les femmes, à commencer par l’avortement libre, puis gratuit. Mais il a constitué surtout un capital intellectuel indélébile : de pensée nouvelle. Il fui un grand moment. Il a élargi et élevé notre champ de conscience et, même diffus, distordu, souvent accommodé à des « sauces » diverses, son esprit est aujourd'hui dans nos mentalités.

 

Et là, Antoinette Fouque s'est révélée une héritière des Lumières. Penseuse, elle a fait avancer l'histoire en faisant avancer les femmes, elle qui avait des difficultés pour marcher. Quand on a célébré la Révolution l'année dernière, on lui a décerné la Légion d'honneur. Quatre de mes amies, Maïmé Arnodin, Denise Fayolle, Sonia Rykiel et Andrée Putman, l'avaient alors depuis belle lurette. Ces femmes admirables avaient en commun de travailler dans l'habit et l'habitat, où les femmes sont expertes et ont fait des merveilles, depuis la nuit des temps, et dans lesquels nous vivons de la naissance à la mon. Il faut créer pour noire environnement. Mais quand je le vois à sa boutonnière, en face de moi au restaurant, le ruban rouge d'Antoinette me donne un contentement tout autre : comme une satisfaction. Elle est une Juste.

 

Dans l'humus tout frais de Mai-63, à la Sorbonne, elle a pensé et parlé pour nous, avant nous. Pierre Nora lui a réservé seize pages d'interview magnifique dans « le Débat » (avril-mai 1990). Françoise Malettra lui a donné « le Bon Plaisir », trois heures de jolie radio France- Culture, éditées en double cassette par les éditions Des femmes et en vente à la Librairie des femmes. Voir l'excellence du catalogue de livres et de voix de cette maison d'édition et la qualité singulière de cette librairie. Mais si on dit que ces deux entreprises culturelles sont d'Antoinette Fouque, de son cru, on est encore loin du compte. « Il y  avait Josyane Chanel, qui était ingénieur, Monique Wittig, qui avait eu le prix Médias avec « l’Oppoponax » en 1967, un très grand écrivain publié aux éditions de Minuit, et /'étais prof de lettres en congé de longue maladie. Dans toutes ces "prises de parole", nous ne retrouvions pas les femmes, nous disions-nous. * C'est ainsi qu'elles ont mis au monde le mouvement des femmes.

 

« Avant-garde » et « civilisation » étaient déjà les mots clés d'Antoinette. Elle avait commencé, avec Roland Barthes, une thèse sur la notion d'avant-garde littéraire. Elle suivait le séminaire de Jacques Lacan, qui serait son analyste de 1969 à 1974 et sur les « Ecrits » duquel elle travaillait avec René Fouque, son mari, pour Jean Wahl au Seuil. Plus tard, en amie, elle a travaillé avec Serge Leclaire. Il est sûr qu'elle a infléchi le regard de la psychanalyse sur les femmes. Douée d'une intelligence hors du commun, et d'une générosité qui va de pair, elle a toujours dit du mouvement que c'était «  l'avant-garde » et parlé de son « développement civilisateur ». Sans cesse, elle répétait : « Faire passer le monde de la préhistoire à l'après-histoire, de l'origine à la modernité la plus avancée. » Comme chacune d'entre nous, elle dît de ce mouvement : « J'y suis née. » Et là, de toutes les fleurs de son verbe de conteuse méditerranéenne et de sa voix brûlante, soudain libérées, elle nous a dit tes femmes comme personne.

 

L'entendre était magnifique : un moment parfait. Elle voulait être avocate quand elle était petite. Quand elle nous parlait de Vincente, sa fille, à qui elle avait donné le prénom de sa mère, qui lui avait légué celui de la sienne, Antoinette, c'est toutes les femmes qui venaient avec. «Toutes. Le fait que la langue soit fixée, conçue, et je dis exprès "conçue", dans une enceinte, et je dis exprès "enceinte", l'Académie-Française où il n'y a pas de femmes, disons une tu conviendras que c'est à se tordre de rire... Ta patrie et ton sol, c'est ta langue, mais dans cette langue-là nous ne sommes pas. Quand tu passes devant l'Institut, w peux très bien te dire : mon pays et ma langue ne m'aiment pas. Le monde, ma chère Katia, ne nous aime pas.»

 

Fille du mouvement, mère, fille-mère, « femme entre mère et fille », comme elle disait, et, précisons, notre bonne gardienne aujourd'hui, Antoinette m'est toujours apparue comme ces femmes grecques avec lesquelles je m'entends si bien : elle est mi-corsé, mi-calabraise et de Marseille. « L'initiatrice », écrit Pierre Nora : la poétesse. Sa voix ouvrait cette voie : les femmes. Le mouvement n'existe plus, mais elle y est toujours en pensée et en parole. Elle lui a donné chair, y compris de sa propre santé, et réfléchit maintenant sur * la pensée chamelle », Elle n'a pas écrit de livre, seulement des articles, elle y viendra puisqu'elle écrit sans cesse, et « puisqu'il faut absolument signer un livre pour exister dans cette société », mais sans hâte excessive. « Penser est ce que j'aime le plus au monde. » Elle pense une histoire d'amour, la plus humaine et la plus ambitieuse, « si l'on veut que les hommes et les femmes vivent avec les enfants dans la création », qu'ils œuvrent, avec les arbres, l'herbe, la mer et les animaux. D'aussi loin qu'il m'en souvienne, "être positif» est son proverbe. Le féminisme lui a toujours semblé avoir « l'avenir d'une illusion » (Freud).

 

"L'égalité sans différence est mutilante et c'est un leurre. » Comme on a fabriqué à l'ère industrielle la classe des petits-bourgeois, entre les prolétaires et l'aristocratie, on est en train de fabriquer, dit-elle, « une génération de petits phallus. Les femmes s'imaginent que si elles sont complices d'une structure qui les écrase, elles vont arriver une par une. Vous n'allez tout de même pas vous entre-tuer pour trois places !" Narcisse est un homme, elle insiste. « Attention au krach narcissique !" * Le narcissisme lui a toujours paru suspect, comme tous les " ismes " et y compris le féminisme. « Réducteur » de ce que nous sommes. Cette intégration des femmes, comme des émigrés, est une assimilation, un avalement : « un reniement ». Les parents d'Antoinette Fouque ne savaient pratiquement ni lire ni écrire, mais ils étaient « des gens de très haute civilisation » et qui ne l'avaient pas oublié. Son père récitait «  des pans entiers de Dante" et j'ai connu Vincente, sa mère, elle était noble. Leur fille est une femme d'honneur. Elle ne nous a jamais trahies.

 

K. D. K.

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