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15/09/2007

"Une femme" de Sibilla Aleramo, lu par Emmanuelle Riva

Une femme
Sibilla Aleramo

Lu par Emmanuelle Riva.

Office 20/09/2007

Paru en Italie il y a exactement cent ans, Une femme est une autobiographie romancée dans laquelle coexistent une analyse de la situation des femmes et le récit d'une lutte individuelle. Déchirée entre un amour passion pour son père libéral, brillant, séducteur et une pitié terrifiée pour sa mère trompée, humiliée, qui sombre progressivement dans la folie, elle lutte pied à pied pour conquérir son indépendance intellectuelle, affective, contre un mari tyrannique et brutal, et contre un milieu provincial superstitieux et étriqué. Ce sera au prix du renoncement à son fils, c'est-à-dire du renoncement à être mère qu'elle deviendra une femme libre et active. Dans un style sobre, d'une réserve classique traversée d'effusions lyriques, précieusement désuètes, une lutte toujours convaincante.


Sibilla Aleramo (1876-1960) est née en 1876 dans le Piémont. Elle est l'auteure d'une œuvre importante (romans, journal, correspondance) qui a marqué en profondeur la littérature italienne du XXe siècle. En 1906, elle écrit son premier roman, Une femme, après avoir quitté son mari et son enfant, autobiographie qui connaît immédiatement un grand succès et est traduit en plusieurs langues. Après ce succès littéraire, Sibilla Aleramo mène une vie errante et modeste, mais très riche en rencontres artistiques. En 1946, fidèle à ses convictions progressistes, elle s'inscrit au Parti communiste italien et se dévoue jusqu'à sa mort, en 1960, au combat social qu'elle avait courageusement choisi soixante ans plus tôt.

"Simone Signoret ou la mémoire partagée, lu par Catherine David elle-même

Simone Signoret.jpgPar la même mystérieuse alchimie qui faisait de Simone Signoret une autre quand elle se préparait à jouer un personnage, Catherine David s'est laissé envahir par la célèbre actrice qu'elle avoue d'entrée admirer et aimer.
« J'utilisais sa méthode, ou plutôt son absence de méthode quand elle préparait un film. Se laisser envahir sans idée préconçue par une inconnue, une étrangère. Devenir lentement cette autre femme, revivre ses peurs, ses désirs, ses déceptions, ses préjugés. […] Je n'étais pas à la recherche d'une légende ou d'un symbole, mais d'une femme réelle qui aurait eu l'âge de ma mère et qui aurait bien vécu. »

Remontant le temps, Catherine David commence son récit à la naissance de Simone Signoret. Elle raconte son enfance, son désir de faire du cinéma, les premiers rôles, la naissance de sa fille, la rencontre avec Yves Montand. L’engagement politique, avec le temps de l’aveuglement à l’endroit du régime soviétique. La période américaine, le retour en France et l’écriture.

Extrêmement documenté, le portrait qu'elle trace de celle qu'elle appelle « une femme de notre temps » s'anime de sa propre vie. Délibérément subjectif, il est « une certaine vérité qui n'engage que moi, dit la conteuse, mais dans laquelle je m'engage ».

Au terme de ce voyage de la mémoire, Simone Signoret, qui eut le courage de vivre plusieurs vies, d'explorer ses multiples talents, de se risquer aux « erreurs, manquements et ratures », renaît une nouvelle fois. Et celle qui tout au long de cette étrange aventure – « effraction, possession, on peut appeler ça comme on veut » – lui a prêté son corps et son cœur pour lui redonner vie a su lui garder « son mystère comme aux êtres aimés et aux héros de roman ».

Catherine David, née à Paris, franco-américaine, est romancière, essayiste, critique littéraire, et pianiste amateur. Après un passage dans l'édition (Gallimard, Jean-Jacques Pauvert), elle s’est dirigée vers la critique littéraire et le journalisme au Nouvel Observateur dans le domaine culturel. Elle est l’auteure, entre autres, de La Beauté du geste (1994), Passage de l'Ange (1995), L'Homme qui savait tout, Le roman de Pic de la Mirandole (2001) et Crescendo (2006).

La touche étoile, lu par Benoite Groult elle-même

La_touche___toile.jpgRécit construit à partir de petits fragments d’existences, La touche étoile évoque avec beaucoup de pudeur et d’humour la question de la vieillesse. A quoi sait-on que l’on fait irrémédiablement partie des « vieilles personnes » ?

Qu’est-ce que vieillir, et quelle place la société actuelle nous réserve-t-elle dès lors qu’on a atteint un certain âge ? C’est en donnant la parole à Alice, quatre-vingts ans, ancienne journaliste féministe, et à sa fille Marion, prise entre l’amour de son mari et celui de son amant irlandais, que Benoîte Groult, dans des récits d’une grande tendresse, apporte des réponses à ces questions. Pour raconter l’histoire d’Alice, de Marion, et de tous ceux qui les entourent, elle donne aussi la parole à un personnage mythologique, Moïra (la destinée), qui admire de loin une vie terrestre qu’elle ne connaîtra jamais, en offrant aux hommes et aux femmes des rencontres et des liaisons imprévues. Moïra, dont l’existence n’aura pas de fin, s’intéresse à ceux qui, parce qu’ils vieillissent, vivent avec la mort à leurs côtés.

Benoîte Groult, née en 1920, journaliste, militante féministe, romancière et essayiste, jurée du Prix Fémina, est l’auteure, entre autres, de La part des choses (1972), Le Journal à quatre mains, Ainsi soit-elle (1975), Les trois quarts du temps (1983), Les vaisseaux du cœur (1988).

52 ou la seconde vie, lu par Geneviève Brisac elle-même

52 ou la seconde vie.jpg52 ou la seconde vie, dernier roman de Geneviève Brisac, regroupe 52 histoires – une pour chaque semaine de l’année – racontées par des personnages féminins : Akka, Nouk, Tova, Mona, Retsinè… 52 histoires moyennes, courtes ou très courtes, souvent tirées de la vie quotidienne : récit de vacances d’une adolescente, relations entre collègues de bureau, discussion entre une femme et son jeune neveu, repas de famille, thé entre copines, réflexions sur l’écriture… Des histoires qui, émaillées de références intégrées de façon très harmonieuse dans l’univers de l’auteure, font la part belle à la littérature.

Ce roman polyphonique (dont on ne trouve bien sûr qu’une partie dans ce livre audio qui réunit une dizaine d’histoires) offre un portrait de la société au féminin. On y trouve tout ce qui fait cette « seconde vie » que Virginia Woolf, citée en exergue, avait définie comme projet d’écriture :

« Observez perpétuellement, observez l’inquiétude, la déconvenue, la venue de l’âge, la bêtise, vos propres abattements, mettez sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle, mélangez ce qui fait rire et ce qui fait pleurer. Inventez de nouvelles formes, plus légères, plus durables. »

C’est ce que Geneviève Brisac fait admirablement dans ce roman où une écriture alerte mêle la légèreté à la gravité des sentiments, où l’intime n’efface jamais le politique, où la réalité la plus triviale devient support de rêverie ou d’humour.

Geneviève Brisac a publié un recueil de nouvelles et six romans. Elle a obtenu le prix Femina en 1996 pour Week-end de chasse à la mère. Elle a également consacré trois essais à la littérature anglo-saxonne (dont un essai sur Virginia Woolf, écrit avec Agnès Desarthe, V.W., publié en 2004).