26/11/2009
Laureline Amanieux, superbe spectatrice des lectures du livre de Eve Ensler - Publié sur Agoravox.fr (26.11.09)

Laureline Amanieux
, qui vient de créer le site Savoir Changer (http://www.savoirchanger.org), était présente lundi soir au Théâtre Michel. Elle a écrit un texte magnifique sur Des mots pour agir, publié sur http://www.agoravox.fr ce jeudi 26 novembre 2009. UN GRAND MERCI !
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/des-mots-pou...
Rencontrer Eve Ensler, l’auteur américaine de Les Monologues du Vagin, et les femmes qui s’engagent avec elle, c’est marquer un tournant décisif dans sa propre vie. Parler, écrire, quelle que soit d’ailleurs la forme d’expression que nous pratiquons, cela ne peut plus, tout à coup, se concevoir en dehors de l’engagement concret, d’une transmission du réel afin d’engendrer une répercussion sur ce réel pour le meilleur, ou plutôt comme le déclarait sur www.ted.com la romancière militante Isabelle Allende, pour que « le monde ne soit pas meilleur, mais pour qu’il soit bon ».
Un monde bon, ce serait un monde où la violence cesse. Lundi 23 novembre, au théâtre Michel, à Paris, une lecture publique, bénévole, s’est déroulée contre les violences faites aux femmes et aux petites filles partout dans le monde. Cette manifestation mettait en scène des textes extraits du livre « Des mots pour agir », paru aux éditions des Femmes-Antoinette Fouque, le 13 novembre 2009, et dirigé par Eve Ensler.
« Des mots pour agir », c’est un recueil de textes écrits par une cinquantaine d’auteurs américains, auxquels s’ajoutent des inédits français. En introduction, Eve Ensler déclare que nous pouvons aujourd’hui « nous fier aux écrivains », car « plutôt que de chercher à nous dominer, ils nous libèrent ».
Pour avoir assisté à ce spectacle, je lui donne raison. Les lectures ont été incarnées par les comédiennes actuelles, investies, de Les Monologues du Vagin : Stéphanie Bataille (également à la mise en scène), Marie-Christine Barrault, et la dramaturge et comédienne Maïmouna Gueye, également par Aurore Auteuil, Bérangère Bonvoisin, Sylvie Bourgeois-Harel, Fanny Cottençon, Andréa Férréol, Sèverine Ferrer, Marianne James, Christine Orban, Jacques Frantz et Daniel Mesguich.
Ce soir-là au théâtre Michel, ce que la parole libère en nous, c’est d’abord la conscience, politique, idéologique, celle qu’on a enfermée dans un cadre clos, ronronnant, délimité par les seuls problèmes de notre quotidien. Ce que la parole libère en nous, c’est une quête de justice, même si elle est d’abord un cri de colère avant de se convertir en soin pour autrui.
Puis elle libère le désir d’agir, de mettre son énergie au service de ce qui est non seulement beau mais nécessaire. Si la beauté peut sauver le monde, ce ne sera pas sans intervenir chacun à notre échelle individuelle pour transformer la conscience et les réalités collectives. La beauté, c’est celle de ces mots et de ces voix, ce soir-là, portant de tout leur être les récits des victimes, jouant souvent jusqu’aux larmes, parce qu’il ne s’agit pas tant de jouer que d’accueillir la déchirure vécue par d’autres. Et l’agir, c’est la trace brisée jusqu’en nous de ces voix, parce que ces mots-là agissent jusque dans nos propres chairs et nous rendent capables de combat.
Les textes « Des mots pour agir » témoignent, mordent, bousculent, mais ils enchantent aussi, ils nous rappellent que l’écrivain n’est plus cet « enchanteur pourrissant » chanté par Apollinaire, mais un enchanteur renaissant, celui qui peut changer l’horreur en un terreau d’espoir, celui qui proclame le destin que des femmes ont repris en main, leurs libérations volontaires, leur transformation d’une tragédie personnelle en un don pour les autres, pour que plus jamais d’autres ne subissent ce qu’elles ont subi, celui d’hommes aussi qui cherchent à veiller sur elles. L’écrivain est l’enchanteur qui consacre la voix des démunis et la porte jusque dans l’obscurité la plus moite de nos consciences, pointe le moment où l’on aurait pu agir, où on ne l’a pas fait. Mais au lieu de nous engourdir dans la culpabilité, il nous électrifie pour agir, aujourd’hui. Il nous re-connecte au monde tel qu’il est et tel que nous pouvons le changer.
Eve Ensler est de ces écrivains-là, et tous ceux qui participent au recueil « Des mots pour agir » et tous ceux qui portaient ces mots ce soir-là sur scène. Elle a conclu cette manifestation par un discours -en français- pour rappeler les violences continues en France : une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint et ce Lundi-là, une femme est brûlée vive à l’essence par son mari ivre à Meaux. Le mouvement V-day, qu’Eve Ensler a fondé, soutient partout dans le monde des actions contre les violences faites aux femmes. Chacun d’entre nous peut organiser une vente de bienfaisance, ou jouer par exemple localement une représentation de Les Monologues du Vagin et reverser les recettes à une association qui lutte pour les femmes. Ou tout simplement acheter le livre "Des mots pour agir" dont les bénéfices reviennent au V-day.
Sur scène sont également intervenues les politiques françaises Michèle André et Nicole Ameline, l’écrivain engagée Taslima Nasreen, et Christine Schuler Deschryver, la représentante de V-day au Congo et directrice d’un centre qui accueille les femmes et filles victimes de violence (http://www.vday.org/meet-vday/activist-spotlights/christine-schuler-deschryver). Son témoignage, que les larmes interrompaient, est un de ces moments qui vous écarquillent l’âme de façon définitive. Au sujet de la guerre civile au Congo, dont l’arme principale est le viol des femmes et des toutes petites filles jusqu’à la mutilation et la mort, je vous invite à lire les deux témoignages de Eve Ensler, traduits en français sur ces adresses : http://sisyphe.org/spip.php?article3329
et
http://www.alterinfo.net/Congo-l-homme-qui-sauvait-des-femmes-laissees-pour-mortes_a22280.html
Se sont inscrits pour toujours dans ma mémoire les phrases les plus vives de cette soirée, la bienveillance d’Eve Ensler avec qui j’ai échangé avant la représentation, l’intensité renversante du regard de Maïmouna Gueye me tendant son texte en cours de représentation, la force qui nous a reliés, tous, et qui nous a permis de toucher du doigt ce que pourrait être « un nouveau contrat humain » comme l’écrit Antoinette Fouque, la fondatrice des éditions des Femmes et co-fondatrice du M.L.F (Mouvement pour la Libération des Femmes), un contrat dont les impératifs ne sont ni économiques, ni raciaux, ni de l’ordre de l’arraisonnement d’autrui, mais un contrat qui fait triompher en nous, autour de nous, l’universelle capacité de compassion. Et d’agir.
Laureline Amanieux.
18:24 Publié dans Eve Ensler, Mollie Doyle, Violences contre les femmes | Lien permanent | Commentaires (0)
Dans le site de L'Express, Julie Saulnier a pensé à recueillir la pensée d'Antoinette Fouque (formulée notamment dans son nouveau livre chez Bourin Editeur) - le 26 novembre 2009
A l'occasion de la journée internationale contre la violence faite aux femmes, regards croisés sur la condition des femmes en 2009 : Julie Saulnier a notamment interviewé Antoinette Fouque pour le site de L'Express
Antoinette Fouque est la présidente de l'Alliance des Femmes pour la Démocratie et l'une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes créé en 1968. Elle est l'auteur Des Mots pour agirs contre les violences faites aux femmes.
Saphia Azzeddine est l'auteur de Mon Père est femme de ménage et Confidences à Allah.
Carine Favier est la présidente du Planning familial.Qu'elle est la condition des femmes en 2009 ? Qu'est-ce qu'être une femme en 2009 ?
Carine Favier, présidente du Planning Familial: "C'est difficile à dire car il y a un grand fossé entre les mères de familles mono-parentales qui vivent souvent dans des situations précaires et les femmes diplômées conscientes de leur droit et qui luttent pour les faire progresser. Mais malgré toutes ces différences, je pense que ce qui rassemble les femmes d'aujourd'hui est la volonté de mener de front leur vie professionnelle, leur vie affective et familiale. Rares sont celles qui sont prêtes à renoncer à un emploi pour avoir des enfants ou vice-versa."
Antoinette Fouque, présidente de l'Alliance des femmes pour la démocratie: "Depuis plus de quarante ans, nous nous sommes battues pour que les femmes deviennent citoyennes à part entière et qu'elles aient le droit de réaliser l'intégralité de leurs compétences. Et nous avons gagné en droits et en libertés plus que jamais dans l'histoire. Les Françaises ont le plus fort taux de fécondité de l'Union européenne et une activité professionnelle tout en élevant leurs enfants. Elles s'affirment pleinement créatrices dans tous les domaines."
Saphia Azzeddine, écrivaine: "D'une part, je ne m'envisage pas uniquement en tant que femme. Et puis je ne milite pas, j'écris des bouquins ou les femmes disent ce qu'elles pensent. Je pense qu'être une femme est à peu près la même chose qu'être un homme en 2009, à quelques détails près: les salaires, les baffes et dans certains pays les droits. Plus sérieusement, une femme en 2009 c'est s'accommoder de nos illusions de femmes libres et toujours relativiser nos désillusions. Sans ça, la femme 2009 serait un kamikaze."
Quelles sont les principales difficultés auxquelles sont confrontées les femmes ?
A.F : "Mais la crise économique et le backlash, ce qu'il faut bien appeler une contre-libération menaçante, mettent en péril celles qui sont en situation fragile, c'est-à-dire une majorité des femmes qui sont 75% des plus pauvres en France comme dans le monde, et la pauvreté ne cesse de se féminiser.
L'Observatoire National de la Délinquance vient d'annoncer pour 2008 une forte augmentation du nombre des violences contre les femmes. Une femme meurt tous les deux jours et demi du seul fait des violences conjugales. Au niveau mondial, ce sont 160 millions de femmes qui manquent à l'appel de la population mondiale du fait des violences et des discriminations qu'elles subissent. Oui, la situation des femmes se dégrade comme se dégrade celle de la planète, mais la conscience, elle, se développe. L'écologie fait désormais partie à part entière des programmes politiques. Il faut que l'ensemble des partis et des gouvernants mettent en oeuvre une écologie humaine au coeur de laquelle se trouvent les femmes. Il faut une politique globale pour les femmes, une prise de conscience et une volonté politique."
C.F : "L'égalité est encore loin d'être acquise: le taux de chômage chez les femmes est plus important que chez les hommes, les salaires moins élevés, la précarité est souvent plus importante... Même en ce qui concerne les études, il existe une différence flagrante. D'après un sondage réalisé en 2009, 61% des parents sont prêts à prendre en charge l'intégralité des frais de scolarité de leur fils. Ce chiffre tombe à 48% pour les filles [ndlr: enquête Ipsos/Crédit Agricole]. Les femmes souffrent également de discriminations notamment au moment de leur recherche d'emploi."
S.A : "Les gouttes de pipi sur la cuvette des wc, les blagues de cul pas drôles et ces hommes qui entendent oui alors qu'elles disent non. En effet, se rendre compte que des fondamentaux que l'on croyait acquis soient remis en cause."
Quelles évolutions avez-vous constaté sur cette question depuis le début de votre engagement ?
C.F : "Aujourd'hui, les notions de parité et d'égalité paraissent évidentes. Les femmes savent qu'elles doivent lutter pour leurs droits. La possibilité de travailler a permis d'élargir l'autonomie des femmes même s'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous avons constaté au Planning familial que la situation des femmes a plus changé dans les mentalités que dans la réalité: elles veulent qu'on les traite d'égal à égal avec les hommes; elles ont parfois même l'impression que c'est déjà le cas, mais lorsqu'on regarde les études faites sur le sujet, on se rend compte qu'on est encore loin du compte."
S.A : "Qu'il y ait une journée de la femme au mois de mars et qu'on nous offre des fleurs. Non je plaisante, c'est même une régression. Le numéro vert par contre, ça c'est bien! Sauf quand la mâchoire est cassée et donc là ça ne sert à rien."
Comment lutter contre la violence faites aux femmes ?
C.F : "Il est très important de travailler sur la prévention. Avec le Planning Familial, nous organisons régulièrement des ateliers ou des forums pour améliorer les relations entre les filles et les garçons. Il est indispensable de faire comprendre aux gens, même aux plus jeunes, que les différences biologiques ne doivent pas être un prétexte aux différences sociales. Nous organisons également des groupes de parole, notamment avec les auteurs de violences, pour leur faire prendre conscience de la gravité de leurs actes."
A.F : "J'ai proposé en 2008 un Grenelle des femmes, non seulement sur les violences mais sur l'apport vital des femmes à la société. Il faut un Grenelle des femmes pour connaître et reconnaître ce que l'humanité leur doit, ce qu'elle peut en recevoir. Pour, face à la guerre économique, préparer la venue de l'économie de mise au monde, de création, de créativité, dont elles sont porteuses.
S.A : "D'un point de vue physique, rendre les coups autant que cela est possible et partir après le premier coup, pas le deuxième."
Que pensez-vous de la loi proposée par Michèle Alliot-Marie ?
C.F : "Le Planning Familial n'est pas à l'origine de cette loi mais nous en sommes globalement plutôt satisfait. Nous regrettons simplement qu'elle n'aborde pas du tout l'aspect préventif qui est essentiel à nos yeux. De plus, nous sommes contre la création de tribunaux spéciaux pour juger les auteurs de violences faites aux femmes. Il est important que les coupables soient punis mais nous ne voulons d'une judiciarisation à l'extrême de ces questions."
Et pour vous, c'est quoi être une femme aujourd'hui ?
Comment a évolué le statut des femmes dans notre société ?
11:59 Publié dans Antoinette Fouque, Bourin éditeur, Grenelle des femmes, Violences contre les femmes | Lien permanent | Commentaires (0)
Madeleine Chapsal, téléspectatrice de "Ce soir ou jamais"... a bien lu Antoinette Fouque (le Populaire du 27.11.09)
Dans le Populaire du Centre du 27 novembre 2009, Madeleine Chapsal, qui a regardé l'émission de Frédéric Taddeï mardi 24 novembre, nous en livre ses impressions...
QU’EST-CE QU’UNE FEMME ?
En ce mois de novembre, deux dates ont concerné la condition des femmes. Le 25, la Sainte-Catherine, fête traditionnelle de la couture, silencieux métier, sous-payé, où l’on trouve normal de cantonner les femmes. Le 26 : journée pour dénoncer le fait qu’il meurt une femme tous les deux jours sous les coups de son compagnon, d’autres étant estropiées.
Ce qui dépasse l’entendement c’est qu’on n’en soit pas autrement scandalisé et qu’il y en ait encore pour dire et penser, comme chez Taddei à la télévision : « L’homme a besoin d’affirmer sa virilité ! »
C’est pour étudier les racines d’une misogynie toujours active qu’il faut lire le petite livre consacré à Antoinette Fouque, la fondatrice du MLF - Mouvement pour la Libération des femmes.
Née en 1936 , à Marseille, cette femme remarquable, à la fois psychanalyste, philosophe, écrivain, élue au Parlement européen, fondatrice d’une maison d’édition, Les Editions des Femmes et de librairies en France, n’a cessé d’agir et de réfléchir à la question qu’avait posé Sigmund Freud sans pour autant y répondre : qu’est-ce qu’une femme ?
Antoinette Fouque nous fait faire quelques pas en avant. Déjà en rappelant qu’il y a deux sexes, ce que cherche à nier un féminisme dont Antoinette se sépare pour parler de « féminologie » ; nouvelle science sociale qui se donne pour objet une « peuplade », les femmes, dont l’histoire n’existe qu’en ombre portée de celle des hommes.
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Dans « Qui êtes-vous Antoinette Fouque ? » elle dénonce quantité d’abus criminels, l’excision, la lapidation, dont un primordial : des millions de femmes dans le monde se voient refuser le droit à l’instruction. Pourtant, ajoute-t-elle : « Je connais des régions de l’âme et du cœur,chez des êtres ne sachant ni lire ni écrire qui sont d’une richesse bien supérieure à ce qu’on trouve chez de plus instruits. » Cet antiféminisme, chez nous insidieux, Fouque en voit le germe dans le déni masculin d’une réalité qu’ils prennent pour une infériorité : ce sont les femmes qui portent les enfants ! D’où jalousie : ils auraient une envie secrète de l’uterus comme nous, d’après Freud, l’envie du pénis...
Bien d’autres idées neuves et bouleversantes se trouvent dans ce petit livre où parle une femme qui s’est installée d’emblée dans l’altérité . Une façon de vivre et de penser loin d’être acquise dans nos sociétés, même par les femmes qui parviennent au pouvoir (casées par les hommes que cela arrange...). Or pas de progrès humain possible si l’on n’accepte pas l’idée qu’il existe deux sexes à la fois différents et égaux : aucun ne devant être soumis à l’autre ! La misogynie, ultime racisme et colonialisme, dont témoigne violemment la burka...
Qui êtes-vous Antoinette Fouque ?
Entretien avec Christophe Bourseiller
Editions Bourin, 19 euros, 154 pages.
11:38 Publié dans Antoinette Fouque, Bourin éditeur, Madeleine Chapsal | Lien permanent | Commentaires (0)
Dans Le Figaro, Agnès Leclair interroge Antoinette Fouque sur les violences psychologiques dans le couple (26.11.09)
LE FIGARO DU 26 NOVEMBRE 2009 - JUSTICE
Par Laurence de Charette et Agnès Leclair
"C'est une avancée considérable, a expliqué hier François Fillon en annonçant la création d'un délit de "violences psychologiques" au sein du couple. La création de ce délit va permettre de prendre en compte les situations les plus sournoises, ces situations qui ne laissent pas de traces à l'oeil nu mais qui mutilent l'être intérieur des victimes."
L’annonce du premier ministre s’appuie sur une proposition de loi déposée par Dominique Raimbourg (UMP) et Serge Blisko (PS) issue des travaux menés par la mission parlementaire de lutte contre les violences faites aux femmes, un texte qui a reçu l’approbation de Nadine Morano, ministre délégué à la Famille, et le soutien de la garde des Sceaux.
Michèle Alliot-Marie souhaite en effet s’appuyer sur ce texte, qui devrait être examiné à l’Assemblée au début de l’année prochaine, pour introduire dans le Code pénal la répression des violences psychologiques au sein du couple. Même si la définition exacte de ce nouveau délit est en discussion entre les parlementaires, qui veulent instituer un délit spécifique, et la Chancellerie, qui envisage simplement d’inclure les violences psychologiques au sein de l’ensemble des violences.
L’idée de sanctionner pénalement des violences morales dans la vie intime étend en tout cas considérablement le champ d’intervention de la justice, et suscite le débat. L’USM, principal syndicat de magistrats, se montre sceptique. « La preuve ne sera pas facile à apporter », prévient son secrétaire général, Laurent Bédoué. Dans leurs travaux, les parlementaires se sont inspirés du « harcèlement moral » au travail pour définir la violence psychologique dont pourrait être l’objet un conjoint. Ils visent « des agissements ou des paroles répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité ou d’entraîner une altération de sa santé physique ou mentale » et suggèrent une sanction maximale de trois ans de prison et de 75000 euros d’amende. « Les dossiers de harcèlement au travail ne donnent pas toujours lieu à des poursuites, faute d’éléments constitutifs suffisants », prévient un procureur. Mais les parlementaires, comme la Chancellerie, estiment que les témoignages de proches ainsi que des expertises psychologiques pourront servir de preuve.
« Grenelle des femmes »
Dans la pratique, les magistrats sont déjà confrontés à la violence morale au sein du couple, dans des dossiers de divorce. « Ils se basent sur ces violences morales pour régler par exemple en urgence la séparation physique des époux », explique l’avocate Hélène Poivey-Leclerq. Ils s’appuient sur la loi de 2004, qui a ajouté le « respect» aux obligations entre époux.
Si les associations de lutte contre ces violences ont salué cette avancée, la féministe Antoinette Fouque a, pour sa part, jugé qu’il ne s’agissait que d’ « un morceau du puzzle » et appelle à l’organisation d’un « Grenelle des femmes » .
Auteur d’une enquête sur les maltraitances invisibles, Jean-Baptiste Drouet dénonce enfin une « dérive judiciaire » . « Bien sûr, la manipulation et les pervers existent. Mais créer une loi spécifique revient à ouvrir la boîte de Pandore de la victimisation, souligne-t-il. Dans le couple, lieu des règlements de comptes affectifs et des rancoeurs, tout le monde peut se déclarer victime. »
11:27 Publié dans Antoinette Fouque, Grenelle des femmes, Violences contre les femmes | Lien permanent | Commentaires (0)
Macha Séry, du journal Le Monde, a assisté à la grande soirée de lancement du nouveau livre de Eve Ensler, lundi 23 novembre 2009 au Théâtre Michel (compte-rendu dans Le Monde du 26.11.09)

"Des mots pour agir, contre les violences faites aux femmes : condition féminine, la régression"
Le recueil a été codirigé par Eve Ensler, auteure des Monologues du vagin, pièce militante jouée depuis 1996 dans 130 pays. Pour la fondatrice de l'association V-Day, "l'histoire des femmes, c'est l'histoire de la vie. En parlant de ces violences, nous ne pouvons omettre de parler de racisme et de la domination, de la pauvreté et du patriarcat, des bâtisseurs d'empires et de la guerre, de la sexualité, du désir et de l'imagination. Les mécanismes de la violence détruisent les femmes, ils les contrôlent, les rabaissent et les gardent à leur soi-disant place." Cet ouvrage ne s'adresse pas seulement aux femmes. Loin s'en faut.
DES MOTS POUR AGIR, CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES. Sous la direction d'Eve Ensler et Mollie Doyle. Traduit de l'anglais par Samia Touhami. Editions des femmes-Antoinette Fouque, 326 p., 18 €.
00:56 Publié dans Eve Ensler, Mollie Doyle, Violences contre les femmes | Lien permanent | Commentaires (0)