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30/06/2009

Virginie Gatti écrit sur Laurence Zordan (article du 24.02.05 dans L'Humanité)

zordan4.JPGL'histoire du regard d'acier
Premier roman. Le destin d'un enfant afghan devenu tortionnaire. Laurence Zordan choisit ses mots comme elle affûterait une fine lame.
 
Des yeux pour mourir ne fait pas l'apologie de la torture, c'est le destin d'un homme qui est présenté, sa capacité à survivre par le crime fait de lui "un funambule de la cruauté évoluant sur les cimes, à plusieurs milliers de mètres d'altitude, mais il plonge dans l'abîme des sévices sans fond, qu'aucune limite raisonnable ne vient freiner dans sa chute".
 
C'est un désaxé qui s'abreuve à la mort des autres mais qui, en pleine montagne, cerné par la neige et le froid, perdu au Cachemire, connaît l'éveil des sens au côté d'un homme qui sera en quelque sorte son maître d'apprentissage, qui lui apprend à être un vrai tortionnaire. Qui peut effleurer la jambe d'une jeune Américaine et en éprouver un plaisir tu. Qui sait détecter le déhanchement d'une femme, le mouvement d'un coude, un regard provocateur sous une burqa. Qui peut torturer la nuit et sauver des oeuvres d'art de la destruction par les taliban. Qui réussit à obtenir l'image impie, la photographie d'un taliban qui finira lardée de coups de couteaux quelque part dans un appartement de New-York. Mais puisque les bourreaux n'ont pas droit à une existence légale ni admise, sa fin est tragique, il erre clochard dans les rues de New-York, un gueux parmi les gueux, provoquant par son regard l'effroi chez ses nouveaux comparses.
 
La trajectoire d'un homme pas comme les autres, hanté, rappelle qu'une part de monstruosité habite l'être humain et peut conduire aux plus grandes tragédies de l'histoire. Laurence Zordan, dans ce premier roman de haute volée, de bout en bout maîtrisé, pose la question de la réalité, de la crédibilité de la littérature ; elle s'interroge, comment écrire après le 11 septembre 2001 ? Et quelle place accorder aux images véhiculant le mensonge et la trahison ? Trahison sur ce qui nous est montré comme la vérité, sur ce qui nous est dit comme pensée à ne pas réfuter. Ce projet d'écrivain entend redonner à la littérature un rôle déstabilisateur de conscience, un inconfort qui refuserait de choisir entre le bien et le mal.
 
Virginie Gatti
 
Des yeux pour mourir, de Laurence Zordan, éditions Des femmes, 174 pages, 18 euros

Thierry Delcourt se réfère à Antoinette Fouque dans son livre "Artiste Féminin Singulier"

Extrait d'une lettre de l'auteur : (...) la pensée d'Antoinette m'a aidé dans mon travail de recherche sur le processus de création et la voie singulière qu'y tracent les femmes et je l'ai citée à plusieurs reprises. (...) C'est de que partent nombre d'initiatives traçant le parcours de libération, de visibilité et de combat des femmes... Ce qui est ma préoccupation, non seulement dans ce livre Artiste féminin singulier, mais aussi dans ma pratique de psychiatre et psychanalyste, et comme homme. Thierry Delcourt

Thierry Delcourt - ARTISTE FEMININ SINGULIER (nouveauté juin 2009, éditions L'Âge d'homme)

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Avec la participation des artistes

 

 

 

Lydie Arickx • Edith Canat de Chizy

Carolyn Carlson • Colette Deblé • Mame Faguèye Bâ

Anta Germaine Gaye • Louise Giamari

Sylvia K. Reyftmann • Florentine Mulsant

Marylène Negro • Orlan • Sophie Rocco

Valérie Rouzeau • Agnès Thurnauer

La création a-t-elle un sexe ? Existe t-il une différence entre femmes et hommes quant à leurs pratiques créatives ? Entre distinction et spécificité, que met en jeu le processus de création au féminin au-delà de la singularité de chaque artiste et de chaque oeuvre ?

Il n’y a pas si longtemps que la création artistique des femmes a droit de cité et ce n’est pas sans combat ! S’extrayant des partis pris de tous bords, quatorze artistes – chorégraphe, poète, peintres, plasticiennes, styliste, sculpteures et compositeurs – ont accepté de parler longuement et intimement de leur pratique, de la place qu’elle occupe dans leur vie et des incidences de leur création sur leur être-femme.

Thierry Delcourt est allé à leur rencontre en se dégageant autant que faire se peut des a priori. Il les a écoutées attentivement parler de leur acte, de leur oeuvre et du processus de création qui les anime. Ainsi, il est possible de mieux comprendre, au-delà des évidences, le formidable mouvement impulsé par les femmes dans la création artistique contemporaine. Il ne s’agit pas pour autant de catégoriser ces artistes dans une spécificité discriminante, même positive. Cette étude permet de tracer, à partir des singularités de chaque artiste, une distinction qui traverse le champ féminin où il est aussi possible de croiser des hommes, de ceux qui ont fait le choix éclairé de quitter des prérogatives aussi aliénantes qu’illusoires en s’exposant au risque de créer.

Forme, expression, concept, corps, sensibilité, énergie… se conjuguent ici avec recherche, déconstruction, subversion, hétérogène, identité questionnée, appropriation… Cette mise en chantier de l’art ouvre un espace de vie et de création passionnant et semble préserver un archipel d’humanité dans un monde où l’homme est sa propre crise.

Thierry Delcourt, né en 1951, est psychiatre et psychanalyste. Il partage son temps clinique avec une recherche et un enseignement dans le domaine de la psychopathologie. Il anime un séminaire sur la créativité et sa fonction dans le psychisme humain. Il a publié une étude sur le processus de création artistique : Au risque de l’Art en 2007 aux éditions L’Age d’Homme. Ses articles et d’autres textes sont publiés dans des ouvrages collectifs (Ères, L’Esprit du Temps, Revue Psychiatries…)

Illustration de la couverture : Elle, Sémaphore. Peinture sur papier. Lydie Arickx, 2008. http://www.lagedhomme.com/boutique/liste_rayons.cfm