18/12/2008
La Voix du Nord ébahie AUSSI devant Antoinette Fouque ! (18.12.09)
LIVRES
Antoinette Fouque dirige les Éditions Des femmes qu’elle a créées en 73 parce qu’« après la parole, il fallait prendre le stylo ».
Antoinette Fouque : les 40 ans d’une femme libre
Antoinette Fouque fête les quarante ans du Mouvement de libération de la femme avec un livre, « Génération MLF 1968-2008 ». Rencontre avec cette femme de 72 ans, figure du MLF, qui, quarante années après, défend la liberté de la femme avec une force restée intacte.
PAR ANNE-SOPHIE HACHE ashache@lavoixdunord.fr
Chevelure noire embroussaillée à la Starsky, regard noisette, pas de fard. Antoinette Fouque n’est pas jolie, elle est séduisante : dans les yeux et la voix de cette femme de 72 ans, la fougue fait mentir un physique un peu sobre.
La polémique qui entoure la naissance du MLF – avec elle, à l’automne 68 ; en 1970 lors d’une manifestation féminine sous l’Arc de Triomphe dans les livres d’histoire – ? « Un débat entre les historiens et les témoins », répond-elle sans ciller. Elle oppose aux historiens « des actrices
de l’histoire », des femmes « qui pouvaient dire, moi j’y étais » et qu’elle fait témoigner dans son livre anniversaire Génération MLF. « L’événement que nous n’avons pas créé, c’est Mai 68, on en a bénéficié. On s’est aperçu que peu de femmes prenaient la parole.
Nous nous sommes revues cet été-là, on se disait que toutes les questions soulevées à La Sorbonne étaient intéressantes mais, et nous ? et nous ? les femmes ? (…) Dans le Quartier latin, il y avait partout des affiches : “Le pouvoir est au bout du phallus ou le pouvoir est au bout du fusil”. C’était une révolution viriliste et guerrière. On s’est dit : ça c’est pas nous. Nous, nous voulions entamer un combat, pas une guerre.
Ce n’était pas contre les hommes, mais contre une domination qui empêchait les femmes de tout faire. »
«On s’est battues pour avoir des droits ; aujourd’hui, il faut se battre pour les faire appliquer. »
« Cette génération, gentille héritière »
Quarante ans après, l’auteure d’Il y a deux sexes (Gallimard) est toujours au combat. « On s’est battues pour avoir des droits, aujourd’hui, il faut se battre pour les faire appliquer. » Pour cela, dit-elle, pas besoin d’entrer dans une action publique ou de militer au MLF « dont plus personne ne parle aujourd’hui », ni même d’être une féministe. « Je dis toujours que je ne suis pas féministe, tous les “ismes” paraissent suspects de fossilisation, ils portent ombrage à ma liberté. Le mot femme me plaît plus. » Pour Antoinette Fouque, être une femme « doit
d’abord être une prise de conscience, être une femme c’est se qualifier comme sujet pensant et désirant. C’est irremplaçable, intransgressable.» Aussi se doit-on de la défendre. Même s’« il y a moins d’écart entre ma mère, qui est pourtant née au XIXe siècle, et moi, qu’entre moi et ma fille », il reste « beaucoup à faire » pour la liberté féminine. Première ligne de combat : « Le chômage, la pauvreté, la misère des femmes abandonnées avec des enfants. 80 % des très pauvres dans le monde sont des femmes et des enfants. L’indépendance économique c’est le sol premier de la liberté. » Antoinette Fouque rêve d’un Grenelle de la femme. « Il faut que nos sociétés riches prennent
conscience que ce que la femme donne à l’humanité, c’est l’humanité elle-même ». Elle dit de son ton ferme que « cette génération, gentille héritière, ne lâchera pas ». Elle non plus. Sa voix déterminée l’affirme : « On ne déracinera pas la misogynie, mais il faut tenir les misogynes en respect. »
« Génération MLF 1968-2008 », Éditions
Des Femmes, 18 €.
18:45 Publié dans Antoinette Fouque, MLF (40ème anniversaire, octobre 1968 - 2008) | Lien permanent | Commentaires (0)
15/12/2008
HISTORIQUE : Antoinette Fouque répond à Caroline Fourest dans Le Monde !!!
CORRESPONDANCE
Une lettre d'Antoinette Fouque
LE MONDE | 13.12.08 | 13h19 • Mis à jour le 13.12.08 | 13h19
À LA SUITE de l'article intitulé "Le féminisme pour les nuls" (Le Monde du 10 octobre), nous avons reçu d'Antoinette Fouque la mise au point suivante :
Contrairement aux propos de Caroline Fourest auquels j'entends répondre, c'est bien un jour d'octobre 1968 que le MLF est né. Le 1er octobre, Monique Wittig, Josiane Chanel et moi-même, nous avons proposé pour la première fois une réunion entre femmes. Nous venions d'un comité d'action culturelle (le CRAC) créé en mai 1968 dans la Sorbonne occupée, nous étions de gauche, mais sans lien avec une quelconque organisation politique. Auparavant, il n'existait pas de groupes non mixtes indépendants. Cette non-mixité et cette indépendance politique programmées ont fondé l'identité du Mouvement de libération des femmes.
Plusieurs facteurs, économiques, politiques, culturels, ont rendu possibles cette rupture historique et ce saut qualitatif. Le mouvement n'a pas été "décrété" comme il est dit dans l'article, il n'y a pas de génération spontanée, mais il y a eu, assurément, un engagement fondateur.
D'octobre 1968 à mai 1970, date de sortie publique du MLF à l'université de Vincennes, il y a eu deux ans de réunions et d'actions à Paris et en banlieues, de voyages en Europe, de rencontres. Souvenirs, agendas, notes de réunions, tracts, photos, l'attestent. Les femmes qui ont vécu cette période sont pour certaines toujours là, archives vivantes, actrices et auteures de leur propre histoire.
Pourtant, dire cette réalité a été qualifié d'"OPA" dans l'article précité. Deux ans de vie y sont effacés, deux années de lutte éradiquées, pour faire de l'année 1970 l'"année zéro" du MLF. La reconnaissance du MLF par les médias - sa légitimation par la société du spectacle -, à l'occasion du dépôt d'une gerbe à la femme du soldat à l'Arc de triomphe, le 26 août 1970, est ainsi substituée à sa naissance réelle. Mais faire prévaloir le baptême sur la naissance revient à priver les femmes de leur pouvoir propre de création.
Ce coup d'éclat médiatique a été suivi en novembre 1970, en assemblée générale, de la distribution d'un tract "Pour un mouvement féministe révolutionnaire". La proposition de remplacer "femmes" par "féminisme" et de supprimer le terme de "libération" a alors provoqué un débat houleux. Refusant la rupture de 1968, certaines tenaient à se situer dans la continuité d'un féminisme ancien et à se réclamer de la pensée du Deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir.
Le travail de Psychanalyse et Politique s'attachait, quant à lui, au contraire à déconstruire le féminisme comme idéologie et à faire émerger un sujet femme.
J'aurais encore décidé en 1979 d'"exploiter" le "sigle MLF". A cette date le mouvement était menacé d'émiettement ou de détournement par les partis. Beaucoup de féministes avaient abandonné ce sigle. Nous qui l'avions toujours revendiqué avec une permanence irréfutable, nous avons réinscrit son existence en créant une association 1901. Et nous en avons protégé le nom, bien plus précieux qu'une marque.
Ainsi, le 1er octobre 1968 est né un puissant mouvement de civilisation qui a ouvert un champ nouveau de pensée. Les femmes sont passées de l'expérience à un savoir. Aujourd'hui, il y a une science des femmes, une féminologie. Tandis que d'autres sigles sont tombés dans l'oubli, MLF rayonne.
Article paru dans l'édition du 14.12.08.
12:52 Publié dans Antoinette Fouque, MLF (40ème anniversaire, octobre 1968 - 2008) | Lien permanent | Commentaires (1)