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16/06/2007

Levez-vous pour Georges Kiejman (les samedis de Stéphane Denis - FIGARO)

LEVEZ-VOUS POUR GEORGES KIEJMAN

Et le genre judiciaire ? Un peu délaissé ces dernières années il est l'occasion rêvée du talent. Georges Kiejman en a tant qu'on aimerait être accusé pour le choisir comme défenseur. Le voici qui raconte le procès Caillaux. Le 16 mars 1914, le directeur du FIGARO faisait introduire dans son bureau du Rond-Point l'épouse du ministre des Finances, qui l'abattait incontinent. Le ministre avait une maîtresse. Il lui écrivait des bêtises qu'il signait "ton Jo". Mme Caillaux, apprenant que le journal allait publier ces lettres, n'écouta que son devoir. Le directeur du FIGARO était le brave Calmette qui obligeait son secrétaire de rédaction à passer les papiers de Proust. Proust pour l'en remercier (sa littérature n'était pas très populaire au journal) lui dédiera le premier volume de la RECHERCHE. Mme Caillaux, Henriette, ne tirait pas si mal que ça. Sur six balles, quatre touchèrent la cible. On l'acquitta, bien sûr, mais Proust qui s'était éloigné pour écrire son oeuvre n'écrivit plus dans le FIGARO. Il devait se plaindre à Gide de n'avoir jamais pu choisir un livre qu'il aimait pour en faire la critique. Ainsi, Mme Caillaux nous a t-elle privés, jusqu'en 1922, de ce que Proust aurait pensé des auteurs de sa génération. Et tout cela pour des lettres d'amour ! Il est vrai que Caillaux était en bisbille avec le gouvernement. Il soupçonnait un complot, voyait la main de son collègue de l'Intérieur dans le dos du FIGARO, etc. Dans l'ensemble le public prit parti contre lui. On trouvait un peu fort qu'il eût laissé sa femme faire le sale boulot. La gauche de l'époque le défendit mollement. Elle le trouvait intelligent, mais snob.

Le second scandale de ce recueil est celui de Victor Kravchenko. C'était sous Queuille. Les communistes français, dans leur organe décentralisé LES LETTRES FRANCAISES, le journal d'Aragon, accusaient ce transfuge, auteur du best-seller J'AI CHOISI LA LIBERTE, d'avoir truqué son livre. L'article des LETTRES était lui-même un faux, signé par un journaliste américain qui n'existait pas et rédigé par un collaborateur de la maison. Kravchenko gagna son procès en diffamation. On était en 1949 et tout le monde défila à la barre. LE MONDE se distingua par sa férocité. Sartre et Beauvoir se retirèrent en bon ordre : l'URSS était certainement la patrie des travailleurs mais peut-être tout n'y était-il pas aussi mirifique que prévu.

Enfin le procès Pétain est superbement mis en scène par un Kiejman omniprésent : il est tour à tout l'avocat général, le premier président, le maréchal, Laval, l'époque, la presse, le tribunal lui-même où il fait chaud et dont les fenêtres donnent sur la Seine comme dans un Simenon (assis dans son coin le jeune Mitterrand assiste, imperturbable, au jugement d'un homme qu'il admirait sincèrement ; il enterre sa jeunesse). Les moeurs, les lettres, l'histoire : la panoplie complète d'un grand avocat dont la voix, s'élevant dans ces salles vides, résonne en phrases sèches, implacables et sensibles.

LES GRANDS PROCES DE L'HISTOIRE - Récits de Georges Kiejman - Editions Montparnasse + Des femmes - Antoinette Fouque

14/06/2007

GRAVIDANZA - Antoinette Fouque

Bonjour,

Avec son argumentaire joint à ce courriel, j'ai la joie de vous informer qu'Antoinette Fouque séjournera pour quelques jours à Paris à partir du 19 juin - et qu'elle sera par conséquent disponible pour passer dans vos éventuelles émissions télé / radio ou pour être interviewée de visu par la presse.

Par téléphone, elle est en permanence joignable pour répondre à tout entretien avec un journaliste. (et moi aussi pour vous renseigner sur ce livre, somme d'articles, fruit d'une réflexion psychanalytique, philosophique, littéraire, politique et sociétale de plusieurs décennies)

"Gravidanza", le second tome de son essai de féminologie, "Il y a deux sexes", publié chez Gallimard en 1995, réédité en 2004, vient de sortir aux Editions Des femmes.

Je vous remercie par anticipation de signaler, si ce n'est pas encore fait, cet événement majeur de la pensée contemporaine dans votre média et autour de vous.

Bien au-delà du féminisme, Antoinette Fouque est une très grande intellectuelle respectée, à laquelle Alain Touraine fait dans ce livre l'honneur d'une élogieuse préface méritée : "C'est une voix à la fois insistante et retenue, chargée de passion, pleine d'une imagination créatrice, et révélatrice de secrets, une voix que je n'ai trouvée que dans Rimbaud..." Alain Touraine

Aux non-initiés, je rappelle que "Gravidanza" signifie "Grosse", la grossesse, que tout le généreux système d'idée d'Antoinette Fouque est axé autour de la différence féconde des femmes, de leur capacité de procréation (et de création). Elle a créé les Editions Des femmes pour "accoucher" les femmes de leurs oeuvres d'art. Son ambition majeure est de décréter que "Le XXIème siècle sera génital ou ne sera pas". Il y a du Don et du Starobinski (l'auteur de "Largesse" notamment) chez Antoinette Fouque. Son féminisme est diamétralement opposé à celui de Corinne Maier, l'auteur de "No kid" tant évoqué ces jours-ci. L'organisation de débats médiatisés entre ces deux femmes est immensément souhaitable, je compte sur votre aide.

Pour fêter la naissance de "Gravidanza", j'ai créé un blog qui, ouvrant un espace d'interactivité, recueillera vos réactions. Ici : http://editionsdesfemmes.blogspirit.com

Espérant recevoir à cet email presse.desfemmes@orange.fr le maximum de retours bienveillants à mon annonce et de demandes d'expédition ou de mise en relation avec Antoinette Fouque, je me tiens également par téléphone à votre entière disposition au sujet de ce livre impressionnant.

Cordialement

13/06/2007

Catharine MacKinnon raconte l'histoire de sa publication aux éditions Des femmes

Texte de Catharine MacKinnon recueilli dans le catalogue des trente ans des Editions Des femmes :

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Catharine A. MacKinnon
 
Après un quart de siècle d'écriture, mon premier livre en français est Le féminisme irréductible, publié en 2005 par les Editions des femmes.
Parmi mes travaux, figurent entre autres, Sexual Harassment of Working Women, qui conceptualise le harcèlement sexuel en tant que discrimination fondée sur le sexe (Yale, 1979) ; Toward a Feminist Theory of the State, qui fonde une philosophie et une doctrine sur le féminisme, basées sur la sexualité en tant que construction sociale (Harvard, 1989) ; Only Words (Harvard, 1993), qui soutient que la pornographie promeut activement l'inégalité et viole les droits humains ; In Harm's Way : The Pornography Civil Rights Hearings (avec Andrea Dworkin), qui présente des témoignages publics attestant des dommages causés par la pornographie ; et tout récemment, Women's Lives, Men's Laws (Harvard, 2005), réunissant une sélection d'articles et de communications depuis 1980, qui élaborent une théorie positive du droit axée sur l'égalité des sexes. Des études bibliométriques récentes placent mes ouvrages au cinquième rang des travaux juridiques rédigés en anglais les plus cités. Une grande partie d'entre eux peuvent être lus en espagnol, en japonais, en allemand et même en letton ou en hongrois. Jusqu'à ce jour, pratiquement aucun d'eux n'était disponible en français.
 
Au milieu des années 90, un éditeur français m'a déclaré que les Français "ne s'intéressaient pas" aux sujets que je traitais, en particulier les abus sexuels, ajoutant : "Et votre langue est tellement violente !" (il défendait la pornographie en tant que "littérature" et "jouissance"). J'ai été choquée de trouver les oeuvres complètes de Freud et de Lacan dans une librairie de femmes, mais pas une ligne d'Andrea Dworkin ou de Diana E.H. Russell. De surcroît, critiques et détracteurs semblaient toujours trouver un éditeur pret à publier leurs présentations inexactes, leurs falsifications et leurs contrevérités concernant mes activités et mes opinions. On s'empressait de traduire en français les attaques dont je faisais l'objet pour les mettre en avant et les citer abondamment. Le monde francophone pouvait lire ce qui prétendait rendre compte de l'ensemble de mon oeuvre et de ma personne, alors qu'il ne pouvait tout simplement pas me lire.
 
Antoinette Fouque a brisé le mur du silence en me donnant une voix en français. Qui plus est, elle a eu l'intégrité et la patience vigilante de faire en sorte que la traduction rende la vérité du texte de sorte que la voix soit essentiellement la mienne. Aucune langue n'exprime de manière adéquate la réalité des femmes - c'est ce que les féministes françaises ont été les premières à mettre en évidence. C'est vrai de la langue de tous les jours, et plus encore de la langue de la philosophie et du droit. L'approche classique qui consiste à traduire les idées plutôt que les mots ne fonctionne pas véritablement quand les idées n'existent pas déjà dans la langue d'arrivée (ni dans aucune langue) et que pour l'auteur chaque mot compte précisément ; et quand une grande partie des idées tient à la façon dont elles sont formulées - en conjuguant langue ordinaire et théorie de haut niveau, en travaillant à plusieurs niveaux et sur plusieurs couches de sens à la fois, en commençant et en terminant délibérément les phrases et les paragraphes par certaines articulations, en créant de nouvelles métaphores, en jouant sur les mots, les sons, les colorations émotionnelles et le rythme pour entrer en relation avec le lecteur et conférer profondeur et intensité. Ajoutez à cela que le français est une langue pure alors que l'anglais est un mélange, un collage, une langue métissée aux sources multiples et par conséquent aux teintes variées, structurellement ouverte aux changements et aux usages non conventionnels, et vous vous trouvez confronté à un défi, un rébus, un casse-tête, voire un cauchemar de traduction. Et que l'auteur connaisse un peu le français ne fait que rendre la tâche un peu plus difficile.
Face à cette véritable gageure, la clairvoyance d'Antoinette fouque qui a fait prévaloir la qualité sur la rapidité, son respect du texte et l'attention portée par sa formidable équipe de traduction à l'exactitude et aux nuances, sont tout ce qu'un auteur pouvait souhaiter. L'intrépide Catherine Albertini, avec l'aide d'Emily Blake, a enclenché le processus. L'inspirée Michèle Idels, qui n'a jamais capitulé ni traité la moindre tournure de phrase comme indigne d'attention, l'a mené vaillamment à son terme. Conscientes que l'intégralité de ce qui est écrit dans une langue ne saurait être exprimé dans une autre, ces femmes miraculeuses se sont attachées à s'en rapprocher le plus possible. Chacune d'entre elles a mon éternelle gratitude pour ce que les Editions des femmes ont donné aux femmes, et pour ma reconnaissance en France en tant qu'auteur.
C.A.M.