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06/01/2007

Stefan Zweig, lu par Fanny Ardant

Fanny Ardant lit
La Peur
de Stefan Zweig

Coffret 2 Cassettes - 25,50 €
Coffret 2 CD - 27 €La peur.jpg

" Lorsque Irène, sortant de l'appartement de son amant, descendit l'escalier, de nouveau une peur subite et irraisonnée s'empara d'elle. Une toupie noire tournoya devant ses yeux, ses genoux s'ankylosèrent et elle fut obligée de vite se cramponner à la rampe pour ne pas tomber brusquement la tête en avant...
Quand elle s'en retournait chez elle, un nouveau frisson mystérieux la parcourait auquel se mêlaient confusément le remords de sa faute et la folle crainte que dans la rue n'importe qui pût lire sur son visage d'où elle venait et répondre à son trouble par un sourire insolent. Déjà les dernières minutes auprès de son amant étaient empoisonnées par l'appréhension de ce qui l'attendait. Quand elle était prête à s'en aller ses mains tremblaient de nervosité, elle n'écoutait plus que distraitement ce qu'il lui disait et repoussait hâtivement ses
effusions. Partir, tout en elle ne voulait plus que partir, quitter cet appartement, cette maison, sortir de cette aventure pour rentrer dans son paisible monde bourgeois. Puis venaient les ultimes paroles qui cherchaient en vain à la calmer, et que, dans son agitation, elle n'entendait plus. Et c'était enfin cette seconde où elle écoutait derrière la porte, pour savoir si personne ne montait ou ne descendait l'escalier. Dehors l'attendait déjà la peur, impatiente de l'empoigner et qui lui comprimait si impérieusement le cœur que dès les premières marches elle était essouflée. "

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Irène est en proie au trouble le plus intense. Un trouble fait de désir et de crainte du désir, d'élan et de remords. Elle a le sentiment de trahir et redoute qu'une femme ne la trahisse. Déchirée entre son amant et son mari, elle ment, se cache, balbutie, s'évanouit.

Lorsque paraît en France La peur, en 1935, Stefan Zweig étonne par son art subtil d'explorer les sentiments qu'éprouve une femme, au plus près de leur réalité psychique corporelle. Cette nouvelle est une sorte de prélude aux romans La confusion des sentiments, Amok, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, où il déploiera le même talent.

livret zweig recto.jpg

04/01/2007

"Du deuil à la réparation" de Yolande Papetti-Tisseron

tisseron.jpgYolande Papetti-Tisseron
Du deuil à la réparation

“Anna O” restituée à Bertha Pappenheim : naissance d'une vocation sociale.
145 p. - 16€ - 1986- 2004

Comment le désir d'aider naît-il chez une femme et comment ce désir détermine-t-il son engagement dans une activité ou une profession sociale ou paramédicale.
Freud et Breuer, les pionniers de la psychanalyse auraient pu tenter, dès le premier ouvrage de psychanalyse paru en 1895, d'approcher cette question avec Anna O, la première patiente des Études sur l'hystérie. Car Anna O était Bertha Pappenheim, une des grandes figures du service social allemand.
A l'opposé de la psychanalyse qui se construira sur la théorie des fantasmes, Anna O- Bertha Pappenheim connaît le poids, dans la vie, des traumatismes réels, notamment des deuils et des séparations. A partir d'Anna O enfin restituée à Bertha Pappenheim, Yolande Tisseron élargit sa réflexion aux motivations du don de soi et de l'engagement social chez les femmes : comment se fabrique une vocation sociale ? Quel rôle y joue le souci qu'éprouve l'enfant pour les préoccupations de ses parents ? Pourquoi la dépression chez les femmes mobilise-t-elle si souvent le désir de donner et d'aider ? Dans ce déchiffrage, la proximité des femmes avec la naissance et le rôle qu'elles ont joué dans les rituels de la mort apparaissent les prédisposer à une sensibilité particulière en ce qui concerne le deuil et le don.
Au-delà de ce champ social, subsiste l'interrogation fondamentale qu'arpente une femme, inlassablement, sur elle-même et sur ses géniteurs. D'une filiation à l'autre, Yolande Tisseron unit ici le parcours d'Anna O, première femme patiente de la psychanalyse, à celui de toute femme-assistante, axée sur la réparation des autres.

Yolande Papetti-Tisseron est psychanalyste et formatrice de travailleurs sociaux.Elle est aussi peintre et expose à Paris depuis 1999. Elle a préfacé les écrits de Bertha Pappenheim Le Travail de Sysiphe.

Bertha Pappenheim est la célèbre "Anna O." dont Joseph Breuer écrivait en 1907 : "Le cas d'Anna O., cellule germinale de toute la psychanalyse..."

Bertha Pappenheim fut aussi assistante sociale, et dirigea à partir de 1895 l'orphelinat juif de Francfort.

Pionnière active et persévérante, préoccupée de réparation, elle écrivit entre 1911 et 1912 "Le Travail de Sisyphe". La protection des femmes et des jeunes filles, la question de la traite des blanches, l'organisation sanitaire et sociale dans la communauté juive de Francfort, le sionisme, constituent la trame de ce courrier régulier et quotidien.

***
Du même auteur
Des étoffes à la peau

La "Jane Eyre" de toutes les adolescentes, disponible en livre audio (Avec la voix de Fanny Ardant)

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Fanny Ardant lit
Jane Eyre
de Charlotte Brontë
Coffret 2 Cassettes - 25,50 €
Coffret 3 CD - 32 €

C’est en 1847 que Charlotte, l’aînée des trois sœurs Brontë, publia Jane Eyre. Son succès fut immédiat et immense. La petite orpheline, privée d’affection, élevée dans une institution pour adolescentes pauvres, entrant comme gouvernante au château de Thornfield, est en effet une des figures les plus fascinantes du roman romantique. Et Rochester, qu’elle aime et dont le destin la sépare, est sombre, sarcastique, le double du héros né de l’imagination de la sœur cadette, Emily, dans Les hauts de Hurlevent.

L’amour et l’indépendance de la jeune fille, les préséances sociales et les revanches sur le passé, l’attirance pour les idéaux généreux, les messages de la passion triomphant du temps et de l’espace, les flammes de la folie, tels sont quelques-uns des thèmes qui se détachent sur un fond d’observation à la Dickens et qui sont emportés par un grand souffle romanesque.

03/01/2007

Du Balzac dans la Bibliothèque des Voix ! (Par Fanny Ardant)

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Fanny Ardant lit
La Duchesse de Langeais
de Honoré de Balzac

Coffret 2 Cassettes - 25,50 €
Coffret 2 CD - 27 €


“ Le Français devina que, dans ce désert, sur ce rocher entouré par la mer, la religieuse s’était emparée de la musique pour y jeter le surplus de passion qui la dévorait. Était-ce un hommage fait à Dieu de son amour, était-ce le triomphe de l’amour sur Dieu ? Questions difficiles à décider. Mais, certes, le général ne put douter qu’il ne retrouvât en ce cœur mort au monde une passion tout aussi brûlante que l’était la sienne. ” H.B.

C’est en 1833 qu’Honoré de Balzac écrit La duchesse de Langeais. A la base de ce roman, le désir de se venger de la marquise de Castries dont il était amoureux et qui l’avait joué. Dans cette transmutation de la réalité en fiction, l’idée de vengeance se perd, et s’élève un chant qui porte l’amour au-delà des règles communes.
Texte de passion sur la passion, où aimer et être aimé-e se joue à contre-temps dans la cruauté du monde, La duchesse de Langeais donne à l’amour la grandeur du sublime.

01/01/2007

Paroles d'Antoinette Fouque sur le site des Editions Des femmes (invention des livres audio)

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En 1980, j'ai eu envie de faire une "bibliothèque des voix". A l'époque, il n'y en avait pas en France et très peu, non plus, ailleurs. Je voulais dédier ces premiers livres parlants à ma mère, fille d'émigrants, qui n'est jamais allée à l'école, et à ma fille qui se plaignait encore de ne pas arriver à lire, et à toutes celles qui entre interdit et inhibition ne trouvent ni le temps, ni la liberté de prendre un livre.

Je crois que par l'oreille on peut aller très loin... On n'a peut-être pas encore commencé à penser la voix. Une voix, c'est l'Orient du texte, son commencement. La lecture doit libérer, faire entendre la voix du texte -qui n'est pas la voix de l'auteur-, qui est sa voix matricielle, qui est dans lui comme dans les contes le génie est dans le flacon. Voix-génie, génitale, génitrice du texte. Elle y est encryptée dirait Derrida, prisonnière dirait Proust.
La "bibliothèque des voix" compte aujourd'hui plus de 100 titres. Sont ainsi regroupés les voix et les textes de Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Julien Gracq, Françoise Sagan, Marie Susini, Danielle Sallenave, Georges Duby, et Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Arielle Domsbale, Jean-Louis Trintignant, Nicole Garcia, Michel Piccoli, Marie-Christine Barrault, Anny Duperey, Daniel Mesguich, Fanny Ardent ... prêtent leur voix à Madame de Lafayette, Diderot, Balzac, Colette, Proust, Freud ou Stefan Zweig...

"L'excursion des jeunes filles qui ne sont plus" de Anne Seghers, lu par Ariane Ascaride

Au-fil-d-Ariane-Ascaride1_articlephoto.jpg3328140020823_1_v.jpg"L’excursion des jeunes filles qui ne sont plus"
(nouvelle extraite du recueil "La Ruche", 1953)
Anna Seghers

Lu par Ariane Ascaride

Office 25/01/2007

En Allemagne, une classe de jeunes filles part en excursion. Sur le bateau qui les ramène à leur village en traversant le Rhin, une institutrice demande à l’une d’entre elles, Netty, de préparer pour un cours prochain le récit de cette excursion.

Netty est la narratrice, mais une narratrice un peu particulière puisque qu’elle a attendu longtemps avant de faire le devoir dont on l’avait chargée : c’est d’outre-tombe que le récit nous parvient, c’est une femme déjà morte qui nous raconte cette excursion qu’il lui est donné de revivre. Mais elle la revit en narratrice omnisciente qui connaît l’avenir réservé à chacun de ceux qui l’entourent ce jour-là.

Un triste avenir, car l’excursion a lieu quelques années avant la Première Guerre mondiale dans laquelle mourront certains des garçons rencontrés cet après-midi-là, garçons avec lesquels des jeunes filles ont déjà lié une relation amoureuse.

Et elle a lieu aussi avant la sombre période où tous devront choisir leur camp, sauf bien sûr ceux qui, parce qu’ils sont juifs, n’auront d’autre possibilité que fuir ou se cacher. L’amitié de deux jeunes filles, inséparables pendant l’excursion, n’y résistera pas : l’une, mariée à un nazi, refusera de protéger la seconde, persécutée en tant que juive. En aurait-elle fait autant si elle avait pu épouser le garçon tant aimé cet après-midi-là, s’il n’était pas mort en 1914 ?

L’omniscience de la narratrice colore son récit d’une teinte profondément nostalgique, presque mélancolique : la confrontation brutale entre le présent de l’excursion et l’avenir de ses participants fait apparaître cette journée comme une dernière parenthèse enchantée avant la noirceur des temps à venir. Et, pour la narratrice, la fin de l’enfance, cette enfance momentanément retrouvée puis de nouveau brusquement enfuie, coïncide avec la fin d’une période de bonheur serein et d’harmonie sans nuages.

Anna Seghers (1900-1983), romancière allemande, adhère en 1928 au parti communiste allemand, ce qui lui vaut d’être incarcérée en 1933 dans les prisons nazies. Elle parvient à s’enfuir en France, puis gagne le Mexique où elle est présidente du « Heine-Club » qui réunit des écrivains antifascistes de l’émigration. Elle revient en Allemagne en 1947 et devient très vite une personnalité officielle de la vie culturelle de la République démocratique allemande.