11/10/2007
"Les livres prennent du volume" par Anne-Sophie Lechevallier - Illsurtration Matthias Petit (Paris-Match du 11 au 17 octobre 2007)

LES LIVRES PRENNENT DU VOLUME
Sur cassette, C.D. ou via M.p.3, les voix de Fanny Ardant, Jean Rochefort ou Catherine Deneuve donnent à entendre nouvelles ou livres pour enfants. De quoi dresser l'oreille !
Par Anne-Sophie Lechevallier - Illustration Matthias Petit
Pour Antoinette Fouque, il s'agissait d'abord de permettre à ceux qui ne savaient pas lire d'accéder aux textes. La fondatrice des éditions Des femmes et de sa Bibliothèque des voix fut la première à enregistrer des livres sur des cassettes au début des années 80 : "Je me suis aperçue que, entre le théâtre et l'écrit, une série d'actes avait disparu, comme celui de lire à haute voix un texte." Depuis, une vingtaine d'éditeurs ont suivi. Les comédiens, dont la parole, d'ordinaire, est indissociable du corps, sont nombreux à avoir prêté leurs voix. Rochefort, Ardant, Giraudeau ou Deneuve ont tous passé entre trois et cinq jours en studio. "Les comédiens apportent à la lecture ce que l'auteur n'a pas forcément entendu du texte", explique Antoinette Fouque, qui a immortalisé les voix de Marguerite Duras ou de Jacques Derrida.
2 527 TITRES AUDIO DISPONIBLES SUR LE MARCHE
Un exercice parfois difficile pour l'écrivain, comme le constate Marc Levy : "La première fois que j'ai lu un de mes textes, j'ai eu le sentiment que cela devenait impudique. Toute la distance et le second degré dans les dialogues disparaissaient. Puis, progressivement, j'y ai pris du plaisir. Je le fais surtout pour les personnes malvoyantes ou non-voyantes." Ces dernières restent le public de base des livres audio, explique Serge Eyrolles, président du Syndicat national de l'édition.
Car la France, avec son minuscule marché de livres audio, est une exception. Les 2 527 titres disponibles ne représentent que 0,4% des ventes de livres. Soit dix fois moins qu'en Allemagne. Bien moins aussi qu'en Suède, où ils occupent 10% de la production éditoriale, et aux Etats-Unis, où, l'an passé, presque un Américain sur quatre a écouté un livre de ce genre. Tout le monde joue le jeu, jusqu'à Bill Clinton, qui a lu le millier de pages de son autobiographie.
"Je suis persuadé que cela va se développer en France", assure Serge Eyrolles. En attendant, le paysage des éditeurs de livres audio se réorganise. Pour l'instant, ils sont une vingtaine à se partager le marché, tels Frémeaux, Thélème ou V.d.b., dirigé par Christine Van den Bosch, une petite maison qui enregistre entre 30 et 40 livres par an. Sa meilleure vente est "le Da Vinci Code", mais avec seulement 7 000 versions audio. Une goutte d'eau rapportée aux 6 millions d'exemplaires imprimés. Quant à Gallimard, il a commencé à utiliser les cassettes il y a une vingtaine d'années, pour "provoquer la rencontre entre le livre et l'enfant", explique Hedwige Pasquet, directrice générale de Gallimard Jeunesse, avant de créer, en 2004, une collection "Ecoutez lire", qui compte une centaine de titres. La même année, Audible, qui vend des livres audio à télécharger, a vu le jour chez France Loisirs. Et cet été, ce sont Hachette Livre, France Loisirs et Albin Michel qui se sont réunis pour créer une société baptisée provisoirement AudioPoche, dont les douze premiers titres verront le jour en janvier prochain. "Un gros éditeur ne peut pas faire décoller un marché tout seul. Nous pensons que la visibilité de ces C.d. dans les librairies sera déterminante, surtout qu'ils sortent en même temps que les livres", analyse Valérie Lévy-Soussan, directrice de la structure audio chez Gallimard. Tous comptent sur les formats M.p.3 pour baisser les prix et multiplier les ventes. Ainsi, les dix-sept heures d'enregistrement du "Da Vinci Code" occupent 17 C.d. "normaux", mais seulement 2 C.d. M.p.3. ! Moins encombrant et peut-être plus facile à embarquer en voiture pour faire passer le temps da,s les embouteillages...
UN LAPIN SACHANT CONTER
Jusqu'à présent, ce lapin - relié à Internet et à l'ordinateur par Wi-Fi - lisait les mails, la météo ou le journal. A partir de novembre, le Nabaztag racontera des histoires des enfants. A commencer par "La belle lisse poire du prince de Motordu" de Pef, publiée par Gallimard en 1980. Il suffit de "faire renifler" la couverture à ce lapin (plus exactement la puce R.f.i.d. collée dessus) pour que Pef - ou le lapin - se mette à lire l'histoire. Lui tourner une oreille fait avancer d'un chapitre. Un geste intuitif suffit, explique Rafi Haladjian, inventeur du Nabaztag. Les enfants n'auront plus besoin de demander à leurs parents de mettre une cassette. Et le livre pourra devenir interactif. "Grâce, notamment, à des jeux qui exploiteront le texte. L'auteur, Pef, se réjouit : "A chaque lecture du "Prince de Motordu", je retrouve la même émotion quand j'ai écrit cette histoire, un après-midi de 1978." Le Nabaztag lira quatre autres livres de Gallimard l'an prochain.
A. - S.L.
22:50 Publié dans Antoinette Fouque, Arielle Dombasle, Bibliothèque des voix, Jean-Paul Enthoven, Michèle Morgan | Lien permanent | Commentaires (0)
Taslima Nasreen sur come4news.com le 11.10.07
Taslima Nasreen appelle à l'aide, relayée par l'Alliance des femmes
Une pétition émanant d'alliance des femmes en solidarité avec Taslima Nasreen est actuellement en ligne sur internet, suite à un appel à l'aide de l'écrivain du bengladesh lui-même. Taslima Nasreen a été menacée de mort par une fatwa suite à son premier roman, Lajja (La honte), dans lequel elle prenait position pour les femmes battues dans l'islam, mais aussi pour les minorités non islamiques, ici les hindouistes, dans les pays musulmans, tels que le sien.
Pour échapper aux extrémistes, en 1994, elle a dû fuir son pays, pour habiter successivement Berlin, Stockholm, et New York, puis Calcutta où elle essaye d'obtenir la nationalité indienne, en vain. Agressée par un groupement politique musulman à Hiderabad en août dernier, alors qu'elle présentait la traduction d'un de ces livres, elle fait aussi l'objet d'une mise à prix, de plus de 11 000 dollars, pour sa décapitation, ordonné toujours par des islamistes indiens. Si aujourd'hui Taslima Nasreen appelle à l'aide c'est qu'elle risque l'expulsion, ou... la mort, selon elle. La justice indiennre la poursuit par ailleurs pour avoir semé "La discorde, la haine, et la malveillance entre les groupes religieux", et elle risque jusqu'à trois ans de réclusion.
Dans un entretien donné à Amnestie sans frontière le 8 mars 2003, elle expliquait la dure situation des femmes dans son pays, "elles n'ont aucun droit élémentaire" dit-elle, "elles ne vivent pas comme des êtres humains", avant de décrire les phénomènes trop fréquents de viols, dont les auteurs ne sont presque jamais inculpés. Au-dessus du texte de la pétition, ces paroles de Taslima Nasreen : "Les temps sont mauvais. Je ne sais pas ce qui m'attend. Ou bien les extrémistes vont me tuer, ou bien le gouvernement indien va m'expulser. (...) Où aller ? Les fondamentalistes ont le bras long. Je ne suis pas ici pour combattre l'islam. Je ne fais qu'écrire pour les droits et la liberté des femmes (...) Mais cela fait maintenant seize ans que les extrémistes essaient de me tuer (...) Si je survis, je viendrai peut-être en Europe en Octobre" écrit-elle à Antoinette Fouque. Il est possible d'imaginer que cela pourrait lui arriver n'importe quand.
Taslima Nasreen est en grand danger aujourd'hui, comme le fut Salmann Rushdie. Dans un article d'opinion, le journaliste Didier Jacob évoque sa rencontre avec Taslima Nasreen, son amour pour Victor Hugo, et le parallèle entre les deux romanciers.
21:40 Publié dans Taslima Nasreen | Lien permanent | Commentaires (0)