08/10/2007
"On dirait une ville" de Françoise Collin
POÉSIE
On dirait une ville suivi de Chronique d’un été
Françoise Collin
Office 15/11/2007
On dirait une ville, premier ensemble du recueil, est consacré à Paris : ses habitants, sa diversité, son cosmopolitisme. Description des rues, de la Seine, des personnes : Paris est une ville-monde, concentrant toutes les couleurs, toutes les lumières, toutes les musiques, toutes les nationalités, noyant les individus dans une foule turbulente…
Chronique d’un été, seconde partie du recueil, est un long poème fragmenté en poèmes courts, évocation délicate et sensible des sensations et des objets propres à l’été. Certains vers reviennent comme des refrains d’un poème à l’autre, suggérant la langueur estivale, ou le caractère immuable de ce qui peuple la saison chaude.
Au milieu d’images volontairement anodines (« les vaches ruminent », « une prune tombe »), qui suggèrent, comme la structure en refrain, la constance de ce « lot commun » des estivants, surgit la promesse d’un destin singulier : un don, offert sans avoir été souhaité : « le vœu que personne ne fit / en ta faveur / t’a rejointe » ; « pas de donateur mais seulement / en ce beau milieu d’été / un don ». Un don au milieu de l’été, un destin singulier qui se détache pour la personne à qui le poème est adressé.
Françoise Collin, philosophe féministe, écrivaine et essayiste, a fondé en 1973 les Cahiers du GRIF (Groupe de Recherches et d’Informations Féministes). Elle est l’auteure de plusieurs romans (Le jour fabuleux (1961), Rose qui peut (1963), …), et de nombreux essais (Maurice Blanchot et la question de l’écriture (1971), Le différend des sexes (1998), Parcours féministe (2005), …).
17:00 Publié dans Françoise Collin | Lien permanent | Commentaires (0)
"Ma double vie" de Sarah Bernhardt, édition de Claudine Herrmann
Ma double vie
Sarah Bernhardt
Une édition de Claudine Herrmann.
Réimpression.
En coffret : 2 volumes + un cahier.
Office 15/11/2007
Parvenue au faîte de sa carrière, Sarah Bernhardt (1844-1923) décide de rédiger ses mémoires. On y découvre une femme moderne et d’une exceptionnelle indépendance d’esprit. Comédienne dont les interprétations du répertoire classique sont restées célèbres, elle crée sa propre compagnie en 1880 après avoir démissionné du Français avec éclat. Artiste aux multiples talents – écriture, peinture, sculpture – Sarah Bernhardt raconte comment elle dut s’affronter aux contradictions d’une société qui, tout en désapprouvant la liberté avec laquelle elle menait sa vie, était fascinée par ses excentricités et par son génie.
« Il me semble que le meilleur livre sur Sarah Bernhardt, c'est le sien : Ma double vie. Ce n'est pas que ces mémoires répondent à tout ce qu'on voudrait savoir : non seulement ils furent écrits en 1898 lorsque Sarah avait encore vingt-cinq ans à vivre, mais ils se taisent sur la vie privée de l'artiste. C'est pourquoi le titre est particulièrement intéressant : il fait attendre le contraire de ce qu'on y trouve et définit par là un élément important du génie de Sarah : l'inattendu. C'est pourtant le seul livre qui voie Sarah en dehors du mythe créé par elle involontairement et auquel elle ne croyait pas, le seul qui aille droit au but, qui ne se perde pas dans le rêve ou dans l'imaginaire, le seul qui ne cherche ni à charmer ni à transmettre un charme.
[...] Elle n'acceptait aucune limitation à sa liberté, mais faisant carrière comme un homme, elle refusait de n'être qu'une actrice, et, bravant parfois les moqueries, se livrait à la peinture, à la sculpture, à la littérature, révoquant ainsi l'ordre intellectuel de cette époque...
Le scandale était donc que cette femme soit libre et qu'elle soit aussi géniale, que la beauté même ne fût chez elle qu'un choix... et le scandale était aussi qu'elle fut capable d'avoir ce pouvoir de symbolisation que les hommes refusent si volontiers aux femmes. »Claudine Herrmann
16:45 Publié dans Claudine Herrmann, Sarah Bernhardt | Lien permanent | Commentaires (0)
"Territoire de la lumière" de Yûko Tsushima
Territoire de la lumière
Yûko Tsushima
Traduit du japonais par Anne et Cécile Sakaï.
Réimpression.
ISBN : 978-2-7210-0292-1 / 260 pages - 17 €
Office 08/11/2007
Ce « territoire de la lumière » décrit dans le premier et le dernier chapitre, c'est le petit appartement « aux lumières donnant sur les quatre côtés » et « au sol rouge flamboyant sous les rayons du soleil », loué par la narratrice pour y habiter avec sa fille lorsque son mari la quitte. Ce « territoire » est le symbole d'une indépendance douloureusement acquise.
Au fil du récit, on suit le lent apprentissage de la liberté par la jeune femme qui doit élever, seule, sa petite fille de trois ans. Une liberté qui est d’abord une détresse, accentuée par la difficulté de vivre dans une société très codifiée comme l’est la société japonaise. Détresse qui se traduit par une grande lassitude : un certain manque de volonté, un désintérêt, un découragement, et même un agacement à l’égard de sa fille dans les moments où celle-ci, justement, demande une affection dont elle manque.
La complexité de la relation mère-fille est au centre de ce roman : le risque d’un rapport fusionnel une fois que le père n’est plus là ; le risque aussi, pour la mère, de se désintéresser de sa fille une fois que celui avec qui elle a désiré l’avoir n’est plus là.
Mais, alors que ce roman pourrait être assez noir, il s’en dégage au contraire une impression d’apaisement : parce que la rêverie et l’imagination n’en sont jamais absentes, donnant à chaque événement une coloration poétique. Ainsi, une citerne bouchée sur la terrasse, qui provoque chez un voisin une inondation, et la colère de celui-ci, devient source d’émerveillement : c’est comme si la mer était soudain apparue en haut de l’immeuble : « Sur le toit qui aurait dû être complètement sec, des vagues ondulaient, scintillantes. » Angoisse et lassitude laissent toujours place à des moments de grâce : des moments de complicité retrouvée entre mère et fille, des moments, aussi, de complicité retrouvée de la narratrice avec elle-même. Ces moments se traduisent par des descriptions qui savent transformer une réalité angoissante en objet d’émerveillement, où toujours scintille la lumière.
Une fois que l’apprentissage est terminé, la narratrice peut quitter l’appartement dont la chaude lumière a su accueillir sa solitude :
« C’était l’heure où le soleil donnait à plein dans l’appartement, et la clarté rouge qui le remplissait était si vive qu’on croyait suffoquer. Comme celui dont les souvenirs se dérobent après des années d’absence, longtemps je restai debout sur le seuil, à contempler le tableau.
Il s’en dégageait une impression de calme ; tout était immobile.
Lorsque le soleil eut disparu et qu’une obscurité bleutée eut envahi les lieux, je quittai ce troisième étage et descendis dans la rue pour chercher ma fille qui jouait chez des voisins. »
Yûko Tsushima est née en 1947. Elle est la fille du célèbre romancier Osamu Dazai. Étudiante, elle publie ses premières nouvelles qui en font l'un des jeunes écrivains les plus remarquables du Japon. Elle a publié de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont un grand nombre ont été traduits en français, parmi lesquels L’enfant de fortune (Des femmes, 1985), Au bord du fleuve de feu (Des femmes, 1987), Les marchands silencieux (Des femmes, 1988), Poursuivie par la lumière de la nuit (Des femmes, 1990), La femme qui court dans la montagne (Albin Michel, 2000)…
Elle a obtenu plusieurs prix littéraires au Japon, dont le Prix de la Littérature Féminine pour L'enfant de fortune.
16:45 Publié dans Yûko Tsushima | Lien permanent | Commentaires (0)
"Thérèse Clerc, une Antigone aux cheveux blancs" de Danielle Michel-Chich
Thérèse Clerc, une Antigone aux cheveux blancs (titre provisoire)
Danielle Michel-Chich
ISBN : 978-2-7210-0572-4
Environ 160 pages - 16 €
Office 29/11/2007
Danielle Michel-Chich entreprend de faire la biographie de Thérèse Clerc, célèbre militante féministe, récemment initiatrice d’un projet novateur de maison de retraite autogérée pour les femmes : la Maison des Babayagas, une sorte de colocation entre femmes, avec un projet écologique et citoyen. La première de ces maisons ouvrira à la fin de l’année 2007, et c’est notamment pour accompagner cette inauguration que paraît ce livre.
L’auteure part de cette formidable création pour parler de celle qui n’a cessé, toute sa vie, de lutter pour les droits des femmes. Thérèse Clerc, née en 1927 à Paris, issue d’une famille bourgeoise et catholique de droite, mariée à vingt ans, mère de quatre enfants, prend progressivement conscience de sa situation de dépendance et de soumission à l’égard de son mari. Cette prise de conscience est rendue possible d’abord par la découverte, dans sa paroisse, d’un catholicisme progressiste et social ; en 1968, une hospitalisation de plusieurs semaines la place dans une solitude forcée qui lui permet d’adopter une distance critique à l’égard de sa situation conjugale ; enfin, mai 68 achève sa conversion intime. En 1969, elle divorce, et « commence à vivre vraiment ».
La seconde vie de Thérèse Clerc a donc commencé en 1968. Une vie remplie de projets originaux et généreux. Participant au Mouvement de Libération de Femmes, elle devient une féministe active. Militante à la CGT et au PSU, elle fonde également un groupe de contestation féministe au sein de l’Église. Elle crée notamment à la fin des années 90 la Maison des Femmes de Montreuil, une structure destinée à aider les femmes à retrouver un rôle dans la société, en leur proposant une aide juridique, des conseils d’orientation et toutes sortes d’ateliers ; mais c’est surtout un lieu très convivial et très ouvert. Car Thérèse Clerc ne veut pas faire du « social martyre », elle préfère le « social ludique ».
Cette biographie s’appuie largement sur les récits animés, vivants et colorés de Thérèse Clerc, qui a le sens de la formule. Regard subjectif sur une femme d’exception, ce livre parvient à mettre le lecteur en présence de son objet, une présence bien vivante, et même véritablement vivifiante.
Danielle Michel-Chich est journaliste, essayiste et traductrice. Auteure d’articles et de documentaires sur la famille, l’éducation et l’école, elle a publié plusieurs essais, dont Déracinés. Les Pieds-Noirs aujourd’hui (1990), Viens chez moi, j’habite chez mes enfants (1996), et, en 2005, Réussir notre école avec Gérard Aschieri. Elle donne de nombreuses conférences sur la littérature féminine française et américaine contemporaine.
16:41 Publié dans Danielle Michel-Chich, Thérèse Clerc | Lien permanent | Commentaires (0)