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27/09/2007

Avec Aung San Suu Kyi dans "La Croix", par Antoine Perraud, producteur à France Culture, membre du comité de lecture de la revue "Médium"

AVEC AUNG SAN SUU KYI ("LA CROIX")

C'était à la fin du mois de septembre, l'époque de la mousson s'achevait à Rangoon, dans la luxuriance des bananiers, des palmiers, des jaracandas, des tamariniers et des touffes de bambous. La ville affichait langoureusement ses charmes oubliés : de belles bâtisses coloniales britanniques vaincues par le temps. C'était en 1995 et nous avions pu passer le seuil du 54, route de l'Université (anciennement Victoria), au bord du lac Inya (anciennement Victoria...), où se tapit la demeure colossale de la menue Aung San Suu Kyi (la dernière syllabe se prononce "tchi"). C'est là qu'elle est séquestrée par la junte birmane. Le lieu dégage l'inquiétant mystère de l'interdit. Les piétons sont maudits du trottoir maudit. Au centre de la ville à défaut d'être au centre des conversations publiques (les espions sont partout), la recluse de Rangoon demeure comme la mauvaise conscience du régime.

Elégamment drapée dans son longyi, la tenue traditionnelle birmane, elle reçoit en un salon désert aux volets mi-clos de sa maison décrépite et envahie par la végétation. Sur les murs trônent des photographies de son père, le général Aung San, héros de la guerre d'indépendance, assassiné par les sbires d'un rival, en 1947, le 19 juillet (devenu fête nationale). En face, sur l'autre rive du lac Inya, on aperçoit la résidence d'un ancien compagnon de son père, le terrible dictateur Ne Win, encore de ce monde en 1995 et responsable en chef des malheurs d'Aung San Suu Kyi. Il y a là comme une tragédie étouffante et malsaine : Antigone postée devant Créon ? "Pas du tout ! - Not at all ! - tranche l'intéressée dans un anglais au parfait accent distingué. Tout cela n'est qu'une simple coïncidence et ma tâche est bien plus facile que celle d'Antigone." Lumineuse et modeste, elle évite les disgressions d'ordre personnel, qui la détournent de son but à jamais fixé. Elle vit dans le dénuement et l'isolement, mais relativise son sort : "Songez que je suis chez moi et non en prison, que je peux lire - notamment Simone de Beauvoir et Georges Simenon - qu'il m'est possible d'écouter la radio - la BBC voire RFI - , que ma famille est en Angleterre, à l'abri de la terreur qui s'exerce ici." Elle parle de la compassion universelle (metta), valeur bouddhiste par excellence. Elle insiste sur son absence de ressentiment : "Nous n'irons jamais de l'avant en haïssant".

Par-delà son ardente maigreur, la flamme presque butée de son regard et sa façon de vouer sa vie au refus, il y a chez elle un idéalisme désarmant : après avoir transformé la conscience de son peuple, elle voudrait transformer celle de ses bourreaux. Elle souhaite obtenir la rédemption des tortionnaires en leur transmettant l'inespéré : l'amour. En se posant ainsi en intégriste de la bonté, ne passe t-elle pas aux yeux de la junte pour une opposante... angélique ?

Deux papilles foudroient alors le questionneur occidental : "Ce régime ne me considère pas comme un ange, croyez-moi. Je peux me montrer tout ce qu'il y a de moins angélique !"

"Le parfum de son nom", comme disent les Birmans, devrait nous entêter : Aung San Suu Kyi incarne - avec Nelson Mandela et Vaclav Havel - l'absolue grandeur de la politique en ce monde.

Photo Aung San Suu Kyi, chez elle, en 1995.
"Au centre de la ville à défaut d'être au centre des conversations publiques, la recluse de Rangoon demeure comme la mauvaise conscience du régime."

REPERES

UN SYMBOLE INDOMPTABLE

Née en 1945, établie à l'étranger dès 1960, mariée à un universitaire britannique, Aung San Suu Kyi se trouve en Birmanie, au chevet de sa mère mourante, quand, en 1988, le pays se révolte contre la dictature instaurée par le général Ne Win en 1962. La junte réprime le mouvement dans le sang. Mais Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Pais en 1991, en est devenue le symbole indomptable : "Les saints, dit-on, sont des pécheurs qui se mettent sans cesse à l'épreuve. Les hommes libres, eux aussi, sont des opprimés qui se mettent à l'épreuve." ("Se libérer de la peur" d'Aung San Suu Kyi, Editions Des femmes, 1991, 220 p., 14.50E

Aung San Suu Kyi, Antoinette Fouque, même combat : la non-violence (livre aux Editions des femmes)

Appel à un grand rassemblement en présence de Jane Birkin devant l'ambassade de Birmanie (60 rue de Courcelles, Paris 8ème - métro Courcelles) à partir de 14 h jeudi 27 septembre. ("mail" (pour une fois, le sujet s'y prêtant vraiment, je fais des efforts de sérieux !) à transférer massivement autour de vous - Merci !) L'inoubliable interprète de "Di doo dah", ainsi que la comédienne Philippine Leroy-Beaulieu, relaient aujourd'hui les efforts - en pensée comme en actes - entrepris depuis plus de seize ans par Antoinette Fouque (qui prolonge de quelques jours son passage à Paris UNIQUEMENT pour sa chère "Dame de Rangoon" et qui malgré un agenda ultra chargé pourrait peut-être répondre à toutes vos questions sur ce point brûlant de l'actualité : Comme au loto, 100% des gagnants auront en tous cas tenté leur chance...), suite à un coup de coeur et de conscience, pour sauver Aung San Suu Kyi.

Pionnière dans tous les soutiens aux combats de femmes et engagée dans toutes les politiques pour la paix, Antoinette Fouque appartient naturellement au cercle étroit des personnes s'étant rendues jusqu'à Rangoon pour rencontrer Aung San Suu Kyi en chair et en os (1995).

Lui apportant son indéfectible et fervent appui depuis le début, Antoinette Fouque avait notamment tenu à assister à la cérémonie de remise du Prix Nobel de la Paix à la Dirigeante de la Ligue Nationale pour la Démocratie en Birmanie, déjà en 1991.

Un livre est né de la prise de position d'Antoinette Fouque en faveur de l'apôtre de la non-violence en Birmanie : Se libérer de la peur (éditions Des femmes, 1991). Exceptionnellement doté de préfaces du Président de la République, François Mitterrand et de Vaclav Havel (Président de la République Tchèque d'alors), ces écrits d'Aung San Suu Kyi sont introduits et rassemblés par Michael Aris, leur traduction étant coordonnée par Thérèse Réveillé.

N'ayant jamais cessé de prendre des nouvelles d'Aung San Suu Kyi ni de lui témoigner son admiration, Antoinette Fouque, en l'aidant autant qu'elle le peut à faire connaître sa cause, garde un lien privilégié avec elle et sera éternellement à ses côtés. Ce n'est pas étonnant quand on observe qu'à l'instar de la grande intellectuelle française cofondatrice du MLF, la lumineuse Birmane, soeur spirituelle de Gandhi et Mandela, choisit la non-violence pour faire avancer son peuple et par conséquent, à son niveau, l'humanité.

"Si la peur, d'Est en Ouest, peut être aujourd'hui considérée comme universelle parce que simplement humaine, alors la fidélité à soi, le respect de l'autre, l'effort inlassable, la résistance acharnée, l'action humblement quotidienne, le sens des responsabilités, de la dignité, la sagesse d'Aung San Suu Kyi l'"indomptable" peuvent aussi devenir, par sa lutte exemplaire, des vertus universelles, elles aussi simplement humaines.

L'ascèse quotidienne par laquelle, chaque jour dans l'épreuve, le courage et la sagesse triomphent de la peur et de la folie destructrice, c'est le don non violent qu'Aung San Suu Kyi fait, à nous et au monde, et que nous devons savoir accepter pour tenter de l'arracher à l'ombre et au silence de sa prison, et la rendre à ceux qui l'aiment et ont besoin d'elle."
Antoinette Fouque, Passages, décembre 1991

"Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l'exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime... Dans un système qui dénie l'existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l'ordre des choses... Mais aucune machinerie d'Etat, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de resurgir encore et toujours, car la peur n'est pas l'élément naturel de l'homme civilisé." Aung San Suu Kyi

"Comme des enfants qui auraient peur du noir, en ces sombres temps, le parler de Suu Kyi nous éclaire." Antoinette Fouque

Envoi du livre d'Aung San Suu Kyi aux Editions Des femmes, PREMIER LIVRE d'Aung San Suu Kyi en France, sur simple mention d'adresse postale en retour de courriel.

Je reste à votre entière disposition et vous remercie par avance de votre attention à ce communiqué éminemment urgent et important.